10 mai : la mémoire de la traite des Noirs, une date parmi d’autres ?
Depuis 2006, à la demande du président Chirac, la France commémore chaque 10 mai, l’abolition de l’esclavage, en référence à la date du vote par l’Assemblée nationale en 2001 de la loi dite « Taubira » (adoptée en dernière lecture par le Sénat le 21 mai). Une loi mémorielle qui a provoqué des débats parmi les historiens. L’article premier dit ceci : « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité. ». Avec cette loi, la France était le premier pays à faire de la traite un crime contre l’humanité. Mais, il lui a été reproché d’occulter le problème des réparations (la mention a été retiré du projet de loi avant toute discussion à l’Assemblée), indissociable, en principe quand on relève un crime.
En réalité, le projet de loi de Christiane Taubira proposait de retenir la date du 8 février en référence à la condamnation par le Congrès de Vienne, le 8 février 1815, de la traite négrière transatlantique, « répugnant au principe d’humanité et de morale universelle ». Comme ce congrès faisait suite à la défaite de Napoléon, cette date n’a pas été retenue. C’est dommage car elle impliquait toute l’Europe.
Un autre anniversaire aurait mérité lui aussi de ne pas être oublié : celui de la toute première abolition de l’esclavage en 1794, le 4 février. Et encore, fut-elle précédée par celle de Saint-Domingue, le 29 août 1793 (date retenue par l’UNESCO pour commémorer l’abolition).
Cela dit, chaque DOM ou TOM a une date de commémoration spécifique : le 27 avril à Mayotte, le 22 mai en Martinique, le 27 mai en Guadeloupe, le 10 juin en Guyane et le 20 décembre à La Réunion. Mais tous regrettent que les commémorations françaises fassent la part belle aux abolitionnistes, éclipsant les souffrance des esclaves et de leurs descendant. Victor Schœlcher, qui a signé le traité d’abolition, le 27 avril 1848, a été enterré au Panthéon en 1949, alors que ses statues ont récemment presque toutes été enlevées.
Les associations regroupant les Français d’Outre-mer ont opté pour le 23 mai, en mémoire de l’abolition de l’esclavage, le 23 mai 1848, et de la marche silencieuse du 23 mai 1998 qui a contribué à la mobilisation en faveur de la loi Taubira. La date a été officialisée en 2008 par le gouvernement Fillon et depuis 2017, le 23 mai est marqué comme « journée nationale en hommage aux victimes de l’esclavage colonial ». Très symboliquement, la loi Taubira a été publiée au JO, le 23 mai 2001.
Même dispersion au niveau international : l’ONU a créé une « Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage » au 2 décembre, et l’Unesco célèbre le 23 août en souvenir de la nuit du 22 au 23 août 1791 lors de laquelle une révolte d’escales éclate à Saint-Domingue. Finalement, en 2008, l’ONU opte pour le 25 mars comme Journée internationale de célébration du bicentenaire de l'abolition de la traite transatlantique des esclaves.
Le 10 mai est qualifié officiellement de Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions.
Le vingt-et-unième anniversaire de la loi du 21 mai 2001, qui a reconnu l'esclavage et la traite comme crimes contre l’humanité, est notamment célébré par la lecture d'un extrait du discours prononcé par la députée Christiane Taubira, rapporteure de la proposition de loi, devant l'Assemblée nationale en 1999.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 10 mai 2026
Dans le jardin du Luxembourg, où chaque année se déroule une cérémonie.
Christiane Taubira, 2012 (photo : Jean-Marc Ayrault, alors maire de Nantes)