23 mai : en France, la journée du souvenir des victimes de l’esclavage colonial

 

Cette Journée du souvenir des victimes de l’esclavage colonial a été instaurée en 2008 par le gouvernement de François Fillon, celui-ci se contentait de reprendre une date célébrée depuis dix ans par des associations ultramarines, notamment le Comité Marche du 23 mai 1998 (CM 98). Elle le faisait mémoire de l’abolition de l’esclavage le 23 mai 1848. La marche silencieuse du 23 mai 1998 avait contribué à la mobilisation en faveur de la loi Taubira du 10 mai 2001, reconnaissant l’esclavage en tant que crime contre l'humanité. Très symboliquement, la loi Taubira sera publiée au JO, le 23 mai 2001.

Selon, les promoteurs de cette date de célébration, le décret Schoelcher du 27 avril 1848, abolissant l’esclavage, n’a été appliqué que le 23 mai 1848 en Martinique. En réalité, l’abolition a été prononcée à la Martinique dès le 22 mai 1848 vers 15 heures sous la pression d’une récolte généralisée des esclaves. Quant au décret, du 27 avril, il prévoyait une application effective le 10 août seulement, une fois réalisée la récolte de canne à sucre.

L’adoption de cette commémoration du 23 mai, alors que celle du 10 mai avait déjà été instituée, a prêté à controverses. Selon Serge Romana, président du CM98, « Celle du 10 mai consacre la République, l’œuvre abolitionniste et tous les combats qui ont permis l’abolition, rappelle-t-il. Le 23 mai, c’est totalement différent, on honore la mémoire des victimes de l’esclavage. » Il s’est félicité que la notion de victime de l’esclavage soit inscrite dans la loi. De son côté, l’historienne Myriam Cottias (CNRS), qui a présidé de 2013 à 2016 le Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, déplore que le 10 mai puisse être perçu comme la date des Blancs abolitionnistes et le 23 mai pour les Noirs victimes. « Avec le 23 mai, on installe du particularisme, tandis qu’avec le 10 mai on montre vraiment que toute la nation française est capable de se réunir autour de la mémoire de l’esclavage, qui comprend celle des abolitionnistes et des esclaves. »

La loi du 30 juin 1983 avait déjà institué des jours de commémoration de l’abolition de l’esclavage dans les départements d’outre-mer : 27 avril à Mayotte, 22 mai en Martinique, 27 mai en Guadeloupe, 10 juin en Guyane et 20 décembre à La Réunion. Le 10 mai a ensuite été choisi en 2006 comme journée nationale, en référence à la loi Taubira. Cette année, 2026, marque le 25e anniversaire de la loi Taubira, promulguée le 21 mai. À l’occasion de cette célébration, le président Macron a franchi un pas symbolique en évoquant pour la première fois la nécessité de « réparations » de ces crimes. Sans toutefois s’engager à quoi que ce soit. « Comment réparer un tel crime ? C’est une question qu’il ne faut pas refuser et sur laquelle il ne faut pas non plus faire de fausses promesses » a fait valoir Emmanuel Macron, en présence de l’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 23 mai 2026

Esclaves s’évadant de leur plantation à La Réunion (estampe d’Antoine Fauchery)

 
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