14 juin : les Arméniens se souviennent la répression soviétique
Cette date n’a pas un caractère aussi essentiel que le 24 avril, date de commémoration du génocide arménien, néanmoins après la chute de l’URSS, de nombreux Arméniens ont voulu se souvenir des victimes du stalinisme. Une Journée du souvenir de la répression politique (Բռնադատվածների հիշատակի օր) a été proposée par le Front révolutionnaire arménien (Dashnaktsutyun), un parti politique socialiste et nationaliste arménien et a été adopté par le Parlement en 1999, à l’occasion des célébrations du 50e anniversaire d’une journée de déportation massive.
La date choisie, en effet, est celle de ce jour de 1949 où environ 15 000 habitants de la petite république d’Arménie ont été déportés dans le lointain massif de l’Atlaï, aux confins de la Mongolie. En une nuit, 13 au 14 juin, des personnes âgées et des bébés, des femmes et des enfants, des malades et des handicapés, simplement vêtus vêtements d’été, ont été déportés de force dans une froide région montagneuse et placés dans des zones spéciales leur interdisant toute liberté de mouvement. Beaucoup n’ont pas survécu au voyage. En Arménie, leurs biens ont été confisqués. Ils font partie du million d’Européens d’URSS déportés à des milliers de kilomètres de chez eux dans des camps de travail ou dans des villages isolés en Sibérie ou en pleine steppe du Kazakhstan ou de l’Extrême-Orient russe, des années 1930 aux années 1950. Dans les républiques baltes, le 14 juin est aussi un jour de deuil.
Un gigantesque mémorial dédié aux victimes du stalinisme a été construit à Erevan par Jim Torosyan, sur la plate-forme supérieure de la Cascade. Il a été inauguré en 2008, mais il est peu connu des Arméniens car il n’a reçu que peu de visites officielles, de crainte de fâcher Moscou. Sous le régime de Poutine, les Russes ont évacué le Goulag de leur histoire officielle et ont totalement réhabilité la figure de Staline. On estime pourtant à 300 000 le nombre de victimes arméniennes sur la période 1920-1953. Ce n’est pas rien pour ce petit pays de 3 millions d’habitants (aujourd’hui) et qui n’en avait que la moitié à la mort de Staline.
La date du 14 juin 1949 concerne la seule république d’Arménie, mais les Arméniens d’URSS ont subi bien d’autres vagues de déportation. Sans compter les relégations et éliminations individuelles qui ont fait des centaines de milliers de victimes parmi les citoyens soviétiques. Notamment des centaines d’intellectuels arméniens injustement assassinés, pour beaucoup en 1937.
En 1939, par ordre du gouvernement soviétique, des dizaines de milliers d’Arméniens de la RSS d’Azerbaïdjan, ainsi que du Nakhichevan, ont été déportées de force au Kazakhstan.
Cinq ans plus tard, en mai 1944, le commissaire aux affaires intérieures, Lavrentiy Beria, dans sa lettre à Staline, soulignait la nécessité de déporter de la Crimée les Arméniens, les Grecs et les Bulgares, les Tatars. Quelques jours plus tard, 20 000 Arméniens, dont les ancêtres vivaient depuis des siècles sur la péninsule de Crimée, ont été déportés. La russification de la Crimée était déjà à l’œuvre sous Staline, Poutine n’a fait que l’achever.
Le 28 juin 1944, par ordre du ministre de la Sécurité d’État de l’URSS, tous les citoyens soviétiques (principalement des Arméniens) qui avaient obtenu la citoyenneté turque (ou ottomane), persane, bulgare, grecque ou roumaine ont été déportés vers l’Asie centrale. Cela concernait les RSS d’Arménie, de Géorgie et d’Azerbaïdjan, ainsi que de toute la région de la mer Noire…
La liste des crimes de Staline n’est pas exhaustive, les jeunes Russes en ignorent totalement l’ampleur car ils ont été effacés des livres des d’histoire. Quant aux Arméniens, l’ampleur du génocide opérés par les Ottomans (1,5 millions de victimes) a tendance à écraser toute autre mémoire, même douloureuse. La position géopolitique inconfortable de l’Arménie face à une Russie agressive, est une autre raison, de la retenue des autorités arméniennes à l’égard de cette mémoire.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 13 juin 2026
Le mémorial du 14-Juin