4 juin : la dissidence chinoise en exil célèbre le 35 mai en mémoire de Tiananmen
Le 35 mai correspond au 4 juin 1989, date de l’intervention de l’armée lors des manifestations de la place Tiananmen. Il s’agit d’un mot-clé permettant de contourner la censure des autorités chinoises via des logiciels de surveillance. Évidemment toute commémoration est interdite en Chine.
Sur le continent, la moindre allusion à cette « rébellion contre-révolutionnaire » est interdite. Les autorités opèrent des arrestations préventives quelques jours avant la date, tout rassemblement est impossible. La censure est implacable « 4 juin » (六四 ) de même de même que les chiffres 6 et 4 doivent être bannis des messages, les internautes avaient pris l’habitude de parler du « 35 mai » («May 35» ou «535»). Ce qui permettait en même temps de s’affranchir du chiffre 4 qui en Chine porte malheur. Mais, l’expression du 35 mai a été à son tour rattrapée par la censure, tout comme le code 9875321, où le 4 et le 6 était sciemment retirés…
Au printemps 1989, des milliers d’étudiants et d’intellectuels, mais aussi des ouvriers étaient rassemblés depuis le 4 mai sur la place Tiananmen (la principale place de Pékin) pour dénoncer la corruption et l’incapacité du régime en demandant des réformes politiques et démocratiques. Le gouvernement chinois, d’abord indécis, a fini par envoyer l’Armée pour mater cette révolte. La répression du « printemps de Pékin » a débuté le 4 juin 1989 (c’est la date qu’on commémore aujourd’hui), elle a duré plusieurs jours, faisant quelque 10 000 morts et de disparus.
Tout le monde se souvient de l’image d’un homme seul et anonyme, tentant de stopper une colonne de chars. Il a été vu comme le symbole du combat inégal entre les étudiants et le totalitarisme chinois. Pour contourner la censure qui frappe aussi les photos de char, chaque année, à l’approche du 4 juin, quelqu’un a eu l’idée de les remplacer par des canards jaunes. Lesquels sont tombés à leur tour sous le coup de la censure.
Pendant trois décennies, c’est à Hong Kong, qu’étaient organisées des veillées annuelles à la mémoire des victimes de la répression. En 2020, le rassemblement a été interdit pour des raisons de lutte contre l’épidémie, interdiction renouvelée en 2021 pour la même raison. Depuis, une chape de plomb est tombée sur l’ancienne colonie britannique devenue chinoise, plus aucune référence à Tiananmen n’y est plus possible.
Depuis une vingtaine d’années, le pays a dressé ce que l’on surnomme trivialement la « Grande muraille numérique » chinoise autour de « son » internet. Si bien que celui-ci ressemble aujourd’hui davantage à un réseau domestique qu’à un espace ouvert sur le monde.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 4 juin 2024
Mise à jour 2026 : Le 2 juin, l’association des Mères de Tiananmen a déclaré avoir reçu un avis du Bureau municipal de la sécurité publique de Pékin les informant qu’elles ne seraient pas autorisées à se rendre au cimetière de Wanan à Pékin pour se recueillir sur les tombes. Depuis plus de 30 ans, le 4 juin, les membres de l’association se rendaient au cimetière de Wanan sous escorte policière pour rendre hommage à leurs proches et lire des textes commémoratifs et des éloges funèbres en leur mémoire.
En revanche, une veillée annuelle a eu lieu ce mardi 2 juin, à Taïpei alors que des manœuvres militaires chinoises se déroulent tout autour de l'île depuis le 23 mai.
Manif de protestation au Canada
Tiananmen, au printemps 1988