4 janvier : le Mexique célèbre ses journalistes et peine à les protéger
Au Mexique, la Journée des Journalistes (Día del Periodista) est célébrée le 4 janvier en hommage à Manuel Caballero, décédé le 4 janvier 1926. Ce journaliste a révolutionné sa profession au Mexique durant le Porfiriat et il est considéré comme le père du journalisme moderne.
Le Mexique est le pays occidental le plus dangereux pour les journalistes. Depuis le début du siècle, plus de 150 journalistes et autres professionnels des médias ont été tués et une trentaine est portée disparu.
L’impunité est la norme dans les crimes contre la presse. Seul un crime de journaliste sur 10 est élucidé et fait l’objet de poursuite. La situation est particulièrement critique en province où la police et souvent de collusion avec les mafias et cartels de la drogue.
Parfois, c’est du plus haut niveau que vient la censure. On peut citer l’exemple de l’action de la gouverneure du Campeche, Layda Sansores San Román, contre le journaliste chevronné Jorge González Valdez, dont elle a de facto brisé la carrière. Sansores San Román a accusé González Valdez d'incitation à la haine, et le juge a prononcé son interdiction d'exercer le journalisme pendant deux ans et la fermeture de son organe de presse, Tribuna.
« La liberté de la presse est garantie par la Constitution mexicaine et défendue par la loi relative à la liberté de la presse de 1917. En pratique, il n’y a pas de loi qui l’entrave de manière claire, la censure étant exercée par des menaces ou des attaques directes contre des journalistes plutôt qu’à travers des poursuites judiciaires, des détentions ou des suspensions d’activité. » RSF
Selon Reporter sans frontière : « lors de la campagne présidentielle, Claudia Sheinbaum s'est engagée à adopter une série de mesures visant à renforcer les garanties pour le libre exercice du journalisme dans le pays et à lutter contre la violence envers la presse. Elle a adopté un style plus discret et tient un discours moins agressif envers la presse, bien qu'elle n'hésite pas à critiquer la couverture médiatique dans certaines occasions. »
En raison des graves violations des droits humains perpétrées contre les journalistes au Mexique, le Programme spécial pour les journalistes a été créé en 1991 au sein de la Commission nationale des droits de l'homme (CNDH) afin d'enquêter sur les allégations de violations des droits humains commises contre des journalistes de divers médias. Ce programme est devenu permanent en 1993. En 1995, le Conseil de la CNDH a étendu ses compétences aux cas concernant les défenseurs des droits humains. Environ 650 journalistes bénéficient aujourd’hui du « Mécanisme de protection des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes », géré par le ministère de l’Intérieur
Manuel Caballero dont on fête en 2026 le centenaire de la mort défendait les idéaux de la République et mettait en avant les idées de grands penseurs comme Rousseau et Voltaire, par lesquels il cherchait à influencer le gouvernement. Son travail journalistique à la fin du XIXe siècle était axé sur la critique politique et économique. Ses écrits reflétaient son esprit libéral, prônant le fédéralisme, la souveraineté populaire et la non-intervention de l'Église dans les affaires de l'État. Son influence s'est accrue sous les présidences de Lerdo de Tejada et de Porfirio Díaz. Par ailleurs, il a introduit le sensationnalisme dans la presse nationale et fondé des publications telles que « El Noticioso », « El Mercurio Occidental » et « La Gaceta Electoral ». Défendant avec ferveur la liberté d'expression et le débat public comme forces motrices de la démocratie, et déclarant que la presse est le moyen de communication intellectuelle entre les peuples civilisés, l'État mexicain, reconnaissant ses contributions, a décidé de célébrer la Journée nationale du journaliste chaque 4 janvier.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 28 décembre 2025