5 janvier : la Journée des Noirs du carnaval de Pasto

 

À San Juan de Pasto dans le Sud colombien, bien avant la saison des carnavals, se perpétue sous une forme festive et médiatisée, l’histoire de relations raciales conflictuelles.

À la suite de révoltes d’esclaves, au début du XVIIe siècle, la couronne espagnole avait accordé un jour annuel de liberté aux Noirs du sud du pays, la veille de l’Épiphanie. Cette journée a été occupée à des festivités organisées dans toutes les localités de la région du Grand Cauca, auxquelles ne participaient que les Noirs. L’esclavage a été aboli en 1851 et toutes ces fêtes ont disparu, sauf à Pasto, où au contraire, elle a pris de l’ampleur (elle se déroule aujourd’hui sur plusieurs jours). Elle est aujourd’hui connue dans toute la Colombie et a même été inscrite à l’inventaire du patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2009.

Au début du XXe siècle, le souvenir de ce jour de licence exceptionnelle a pris un tour festif et convivial. Le 5 janvier, Jour des Noirs (Día de Negros), est la plus importante du festival. Ce jour-là, les Blancs ont pris l’habitude de se noircir le visage au cirage pour se mêler à la fête des Noirs. ¡ Que vivan los Negros ! Pasto est noir de monde et tout le monde est noir. Dans certains pays ce blackface ferait scandale, pas ici car le lendemain la fête se déroule en négatif.

Le 6 janvier, c’est au tour des Noirs de blanchir leur visage, c’est le Día de Blancos et le cri de ralliement est alors ¡ Que vivan los Blancos ! Cette journée se transforme en un véritable carnaval avec un défilé de chars. Cette seconde journée n’a été créée en 1912. D’autres ont été rajoutées, notamment le carnaval des enfants, le 3 janvier, et l’ensemble forme le Carnaval des Noirs et Blancs (Carnaval de Negros y Blancos) qui a lieu tous les ans, du 28 décembre au 7 janvier.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 4 janvier 2026

(photo Dario Estrada Ruales)

(photo Étienne Le Cocq)

 
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