15 janvier : l’Indonésie célèbre ses morts en mer et sa conquête coloniale de la Papouasie

 

Une commémoration peut en cacher une autre. Chaque 15 janvier, l’Indonésie honore la mémoire de ceux qui sont morts dans diverses batailles en mer, c’est la Journée du devoir en mer (Hari Dharma Samudera). Sauf que ce pays, indépendant depuis 1949, n’a pas eu mener de nombreuses batailles sur les mers.

La date du 15 janvier fait référence à une bataille importante pour l’Indonésie, celle de la mer d'Arafura livrée le 15 janvier 1962 contre la flotte néerlandaise. Cette bataille fait partie de l’opération Trikora, lancée par l’Indonésie pour éviter l’indépendance de la Nouvelle-Guinée néerlandaise. Jakarta avait envoyé trois navires de guerre et préparait un débarquement. L’opération a tourné au désastre, l’un des bateaux a été coulé, les deux autres ont été gravement endommagés, le commodore Yos Sudarso, chef adjoint de l’état-major de la marine indonésienne, est mort dans la bataille.

Quand, les Pays-Bas ont fini par accorder l’indépendance aux Indes orientale néerlandaise, devenue les États-Unis d’Indonésie, le 27 décembre 1949, la Nouvelle-Guinée occidentale (West Nieuw Guinee) ne faisait pas partie de l’accord. Mais Jakarta ne cessa de réclamer ce territoire, peuplé de Papous, qui pourtant n’a rien de commun avec l’archipel indonésien. Une union avec l’actuelle Papouasie-Nouvelle-Guinée aurait été la destinée la plus logique de ce territoire divisé par la colonisation européenne au XIXe siècle.

Pour couper court à cette éventualité, Le 18 décembre 1961, le président Indonésien Soekarno lance une campagne de « libération de l’Irian » (nom indonésien de l’île). La bataille n’était pas gagnée d’avance, sauf que les Américains ont pris peur et craint que ce pays « non-aligné » ne se tourne vers l’URSS. Ils feront pression sur les Pays-Bas pour que ce territoire soit cédé à une administration intérimaire de l’ONU qui ensuite le transférera à l’Indonésie en 1963. En échange du coup de pouce décisif, les État-Unis obtiendront le droit d’exploiter la plus grande mine d’or et l’une des principales mines de cuivre au monde de ce territoire. Le référendum demandé par les Nations unies se transformera en consultation de chefs locaux triés sur le volet et l’affaire fut pliée.

Sauf que les Papous contestent ce référendum qui n’en est pas un, la colonisation par l’installation de populations indonésiennes et les conditions d’exploitation de la mine de Grasberg, les expropriations qu’elle a provoquées, la déforestation massive et la pollution des cours d’eau qu’elle cause, la répartition des royalties (un milliard de dollars au gouvernement indonésien, 65 millions au gouvernement provincial). Des mouvements indépendantistes n’ont jamais cessé et la répression indonésienne est terrible. Les Papous de Papouasie occidentale espèrent que leurs droits seront un jour enfin reconnus, comme au Timor oriental (qui a obtenu son indépendance en 2002 après 27 ans de guerre).

En Indonésie, cette histoire n’est connue qu’à travers le filtre de la propagande nationale et la célébration des gloires militaires, à commencer par le commodore Yos Sudarso élevé au rang de héros national. Cette journée du 15 janvier est également connue sous le nom de Journée de la mer et de l'événement océanique (Hari Peristiwa Laut dan Samudera).

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 14 janvier 2026

Timbre-poste émis en 1974 pour commémorer la bataille de Vlakke Howek

 
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