29 octobre : une date pour se souvenir des victimes du Goulag

 

Après la chute de l’URSS, les dissidents de l’époque soviétique avaient pris l’habitude de se réunir chaque 29 octobre sur la place Loubyanskaya (siège du KGB), à Moscou, pour réciter devant un micro les noms des victimes des bourreaux de Staline. Cette récitation durait des heures et se poursuivait tard dans la nuit. Cela s’appelait « Le retour des noms » (Возвращение имён). Aujourd’hui, c’est une commémoration annuelle internationale qui vise à honorer la mémoire des millions de personnes exécutées, emprisonnées ou exilées sous la terreur d’État soviétique.

La première a eu lieu en 2007, mais en 2021 prétextant de l’épidémie de covid, les autorités russes ont interdit la cérémonie. Depuis, elle n’a plus jamais été autorisée. Le risque est grand dans la Russie de Poutine de braver ce genre d’interdit et de se retrouver condamné à 10 ans de colonie pénitentiaire. Car le Goulag russe n’a pas disparu. Des milliers de personnes y sont enfermées pour motifs politiques.

Très vite, le Retour des noms a pris une dimension mondiale et se déroule dans de nombreuses capitales : Prague, Berlin, Helsinki, Vilnius, Paris… en tout, dans 150 villes à travers le monde. À Paris, le rassemblement du « Retour des noms » se déroule chaque année au Monument aux Parisiens morts pendant la Grande Guerre, situé au 30 Boulevard de Ménilmontant (20e), juste à l’extérieur du cimetière du Père-Lachaise, ce jeudi 29 octobre, de 17h à 19h.
À Bruxelles, c’est place de l’Albertine, à partir de 15h. Pour localiser d’autres lieux : consulter le site officiel de la mobilisation, October29.live, qui répertorie l’ensemble des rassemblements à travers le monde.

Le principe de cet événement est simple, grave et profondément personnel. Les participants se rassemblent dans des espaces publics, forment une file et lisent, chacun à leur tour, des noms inscrits sur des feuillets. Chaque feuillet indique : le nom d’une personne exécutée durant les répressions ; son âge et sa profession au moment de son arrestation ; la date de son exécution.

À l’origine, l’événement se concentrait sur les victimes de la « Grande Terreur » stalinienne (1937–1938), période durant laquelle plus de 30 000 personnes furent fusillées rien qu’à Moscou.  La liste des noms s’est ensuite considérablement allongée. Le but est la préservation de la mémoire historique : refuser que les atrocités commises par l’État soviétique ne soient effacées ou minimisées. Mais aussi exprimer sa solidarité envers les prisonniers politiques de l’État russe et s’opposer au régime autoritaire mis en place par Poutine.

Le 29 octobre est la veille du 30 octobre, la Journée pour la mémoire des victimes des répressions politiques, commémoration instituée en 1991, avant même la disparition de l’URSS. Une journée qui n’a pas disparu du calendrier officiel mais elle est complètement dénaturée par le régime de Poutine. Aujourd’hui seuls quelques employés d’ambassades étrangères viennent déposer une fleur ou une bougie sur le mémorial, là où se déroulait autrefois une importante cérémonie populaire. C’était avant que Poutine ne réhabilite complètement et sans réserve la dictature de Staline. Effaçant par la même occasion des livres d’histoire, les millions de morts du régime soviétique.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 27 octobre 2026

En 2016 (photo David Krikheli)

 
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