Mouhcine Fikri était un vendeur de poisson d’Al-Hoceïma, au Maroc qui est mort dans des circonstances tragiques. Son stock de poisson avait été confisqué par la police est mis à la poubelle car il n’était pas en règle, il s’est précipité dans la benne à ordure pour tenter de le récupérer mais le mécanisme de compactage de la benne a été actionné et le vendeur de poissons est mort déchiqueté. C’était il y a dix ans, le 28 octobre 2016.
Il n’en faisait pas plus pour déclencher une révolte, un hirak (en darija), dans une région du Rif qui souffre de sa marginalité. Cet événement est aussi devenu le symbole de la hogra (le mépris et l’injustice sociale ressentis par une partie de la population envers les abus de pouvoir administratifs et policiers). La mort de Mouhcine Fikri a souvent été comparé à la mort de Mohamed Bouazizi en Tunisie.
Aucune manifestation n’est tolérée au Maroc. Les autorités marocaines interdisent ou dispersent systématiquement les tentatives de manifestations commémoratives dans le Rif, particulièrement à Al-Hoceïma, afin d'éviter toute résurgence du mouvement contestataire. Lors des premiers anniversaires, des rassemblements importants avaient eu lieu à Rabat et Casablanca. Cependant, au fil des ans, l'accès à l'espace public pour ces hommages est devenu extrêmement restreint.
En revanche dans la diaspora rifaine, en Europe (principalement en Belgique, France, Pays-Bas, Espagne), on célèbre chaque année le drame ainsi que le souvenir de la révolte et surtout on manifeste pour exiger la libération des figures historiques du Hirak toujours incarcérées, notamment Nasser Zefzafi et ses codétenus, Nabil Ahamjik, Mohamed El Haki, Nabil Ahamjik... Qui croupissent en prison depuis 10 ans. Des comités de soutien organisent des marches, des sit-in et des conférences de presse.
Pour ce 10e anniversaire du Hirak du Rif, la Belgique est le principal pôle de rassemblement. À Anvers (Antwerpen), à 16h, un grand rassemblement pour la mémoire et la dignité a été officiellement planifié sur la Grande Place (Grote Markt). À Bruxelles, un sit-in aux est prévu aux abords de la Place Jean Rey (quartier européen), point de ralliement traditionnel des comités de soutien au Hirak. Les prises de parole commencent généralement à 17h30. À Rotterdam, Schouwburgplein (Place du Théâtre), un rassemblement est annoncé à partir de 17 h, pour une marche silencieuse avec les portraits de Mouhcine Fikri et des détenus politiques…
À Paris, l’hommage est coordonné par le Comité de soutien au Mouvement rifain (CSMR) et se déroule ce 28 octobre place de la République, à 18h. Le 10e anniversaire de la révolte du Rif a déjà été commémoré lors du Forum du Rif (Rawaq Errif), qui s’est tenue en septembre 2026 à la Fête de l'Huma.
Au-delà de ces revendications, ce que dénoncent les Rifains de la diaspora, faute de pouvoir le faire au pays, c’est la marginalisation socio-économique persistante de leur région. Une situation aggravée par la fermeture de la frontière avec l’Algérie depuis plus de 30 ans. À cette frustration sociale s’ajoute pour les Rifains, le souvenir de la république du Rif (1921-1926) dont on a célébré cette année le 105e anniversaire et le centenaire de son écrasement par les troupes coloniales franco-espagnoles.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 27 octobre 2026
Une manifestation parisienne demandant la libération des prisonniers du Hirak. De nombreux militant arborent le drapeau de la république du Rif (1921-1926) (photo Anass Sedrati)