18 juin : la date du fameux appel célébrée chaque année en France
En France, le 18 juin, c’est la Journée nationale commémorative de l'Appel du général de Gaulle à refuser la défaite et poursuivre le combat contre l'ennemi. Cette journée nationale n’a été instituée qu’en 2006, mais dès le 18 juin 1945, le général de Gaulle s’était rendu au Mont Valérien, accompagné de 200 compagnons de la libération pour un hommage aux « massacrés et aux fusillés » Depuis, chaque 18 juin, la chancellerie de l’ordre de la Libération y organise une cérémonie de commémoration de l’appel du général de Gaulle.
Cet appel a été en réalité placardé le 5 août 1940
Compte tenu de la carrière militaire et politique du général de Gaulle, cet appel prononcé à Radio Londres le 18 juin 1940 est devenu mythique. Comme Charles de Gaule a pris la tête de la résistance extérieure, celle qui s’est imposée à la tête du pays à la Libération, ce geste du 18 juin est présenté comme le symbole de l’entrée de la France en résistance. Toutefois, il ne fut pas le seul à inviter les Français à enjoindre les Français refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l’occupant en réaction au discours défaitiste prononcé le 17 juin par le maréchal Pétain qui prenait ses fonctions.
Une affiche récente du PCF faisant allusion à l’appel de Charles Tillon du 17 juin 1940
Des réactions au discours de Pétain ont été immédiates. À Bordeaux par exemple où se trouvait Paul Reynaud, chef du gouvernement qui avait démissionné la veille et l’on sollicitait en vain de faire un geste, le communiste Charles Tillon prend l’initiative de lancer un appel à la résistance sous forme de tract avec la complicité de certains kiosquiers communistes de la ville. Cet appel a aussi été relayé par les quotidiens La France et La Petite Gironde. Le Parti communiste qui dominait la résistance intérieure, frustré du pouvoir en 1944, s’est longtemps prévalu de cet appel du 17 juin de Charles Tillon, censé contrebalancer symboliquement celui du 18 juin. Cela ne l’empêchera pas, plus tard, l’exclusion de Charles Tillon du PCF pour ses critiques de l’URSS.
On peut aussi citer l’appel à refuser la défaite, lui aussi sous forme de trac diffusé à Brive-la-Gaillarde par le chrétien-démocrate, Edmond Michelet, qui deviendra après la guerre un homme politique gaulliste ; Dans le Sud-Ouest, c’est le maurassien (à l’époque), Daniel Cordier, l’avant denier compagnon de la libération, mort en 2020, avait lui aussi le 17 juin, imprimé et diffusé un tract « contre Pétain ». Cordier fut jusqu’à son décès, à 100 ans, présent aux cérémonies du 18 juin au Mont Valérien…
Certes, ces appels depuis la province ont eu un écho très limité, mais qui a réellement entendu l’appel lancé par De Gaulle sur les ondes le 18 juin ? En réalité très peu de Français étaient branchés sur Radio Londres ce jour-là. L’appel du 18 juin fut lui aussi très confidentiel. L’enregistrement de cet appel n’a pas été conservé et aucun film ni photo n’ont été pris ce jour-là. Les images que nous avons sont celles d’interventions plus tardives quand Radio Londres a été un peu mieux capté en France et le nom du général rebelle un peu mieux connu. Lui-même cultivera cette date avant d’en faire une célébration nationale. Le 18 juin 1941, dans un discours prononcé au Caire et relayé par la radio de Londres, le général de Gaulle rappelait que « la France libre », était née le 18 juin 1940. Cette date de naissance de la Résistance s’imposera par la suite. En 1945, sous le nom de « Fête de la Victoire et de l’appel du 18 juin », le 18-Juin donne lieu à un imposant défilé militaire sur les Champs-Élysées, entre l’Arc de Triomphe et la place de la Concorde… et à une cérémonie d’hommage au Mont Valérien qui se perpétue chaque année comme le principal hommage, en France, à la Résistance.
Cette cérémonie regroupe les plus hautes autorités de l’État, autrefois les compagnons de la Libération encore en vie, aujourd’hui leurs familles, ainsi que les représentants des communes et unités ayant le titre de “compagnon”. Hubert Germain, le dernier des 1038 Compagnons de la Libération a été inhumé dans le dix-septième caveau au sein de la crypte du Mont-Valérien, en 2021. Les résistants ne portaient pas tous ce titre, par exemple Edgar Morin qui vient de mourir avait lui aussi participé à la libération de Paris.
Le déroulement de la cérémonie est immuable : après l’accueil républicain, le président de la République passe les troupes en revue et gagne son emplacement pour écouter la lecture de l’Appel du général de Gaulle prononcé le 18 juin. Le porteur de la flamme, prélevée à l’Arc de Triomphe, présente le flambeau au délégué national de l’Ordre de la Libération pour raviver la flamme qui brûle, depuis 1960, devant le mémorial de la France combattante. Après une minute de silence, le chœur de l’armée française entonne La Marseillaise et Le Chant des partisans.Le délégué national de l’Ordre de la Libération invite ensuite le président de la République à se recueillir dans la crypte du mémorial. Pendant ce temps, sur une marche tambour les troupes se placent à la position d’attente pour le départ du défilé. À la sortie de la crypte, le président de la République gagne son emplacement. Le commandant des troupes défilant vient se placer devant lui, le salue, lui présente les troupes qui ont défilé puis quitte l’esplanade.
Le fort du Mont Valérien est situé à Suresnes, en région parisienne, d’où il domine le Bois de Boulogne. C’est là que les Allemands ont fusillé, de 1940 à 1944, plus d'un millier d’otages et prisonniers. Amenés de l’extérieur en camion pour leur exécution, ils étaient enfermés dans une chapelle désaffectée, puis conduits dans une clairière située à une centaine de mètres en contrebas. Leurs corps étaient ensuite dispersés dans les cimetières de la région parisienne.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 17 juin 2026
Une photo prise le 30 octobre 1941, lors d’une de ses multiples interventions sur les ondes de Radio Londres