27 mars : le jour de l’armée birmane, putschiste et oppressive
Le jour est férié en Birmanie en souvenir du soulèvement général des Birmans contre l’occupation japonaise en 1945. Le 27 mars est le jour où civils et militaires se sont retournés contre le régime fasciste japonais et l’ont chassé du pays, c’était la Journée de la résistance antifasciste (ဖက်ဆစ်တော်လှန်ရေး နေ) mais elle a été rebaptisée Jour de l’armée (တပ်မတော်နေ့), en 1955, par le dictateur de l’époque, le général Ne Win.
Selon l’opposition, le changement d’appellation du 27-Mars avait pour but d’occulter le fait historique que la lutte contre le fascisme japonais n’avait pas été menée par l’armée seule, mais par le peuple collectivement et notamment par les moines.
De fait, la population se sent peu concernée par cette journée qui lui rappelle l’ancien régime militaire (1962-2016) et qui est célébrée par l’actuelle junte au pouvoir. Elle s’illustre par un grand défilé militaire organisé dans la capitale, Naypyidaw, qui pour l’occasion est coupée du monde. Depuis le coup d’État du 21 février 2021, l’armée birmane détient à nouveau la totalité du pouvoir, tout au moins sur les portions du territoire qu’elle contrôle. Le pays vivants un état de quasi guerre civile, outre les nombreuses guérillas des peuples périphériques, toujours très actives, le gouvernement militaire doit aussi affronter l’insurrection armée lancée par l’administration clandestine du gouvernement d’union nationale qui s’oppose à la junte au pouvoir dans la capitale.
Cette journée est une occasion pour l’armée, appelée Tatmadaw (တပ်မတော်), de montrer qu’elle détient toujours la réalité du pouvoir. Depuis 1989, certains prisonniers sont graciés ce jour-là. Elle est pourtant très loin de contrôler tout le pays : des dizaines de groupes de défense du peuple (People’s Defence Forces, PDF) se sont formés en réaction au putsch. Ils ont surpris l’armée par leur efficacité.
En janvier 2024, la junte a prolongé de six mois, reportant une nouvelle fois les élections promises qui n’ont pas lieu tant que le pays est secoué par un sanglant conflit civil qui s’est enlisé.
Sous prétexte d’une "lutte contre les terroristes", les militaires pourchassent les partisans d’un retour à la démocratie dans différentes régions de Birmanie, avec des méthodes violentes qui valent à la Birmanie une mise au ban de la communauté internationale.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 27 mars 2024
Le général putschiste Min Aung Hlaing, commandant en chef des forces de défense de l'armée, lors du défilé militaire de la Journée de l'armée.