16 mai : Jean Népomucène, patron de la Bohême

 

Il est difficile de ne pas le remarquer, pas un pont, pas une église, pas un village qui n’ait sa statue de Jean Népomucène (svatý Jan Nepomucký), un saint très populaire en Bohême, la plus célèbre des effigies étant certainement la magnifique statue qui orne le pont Charles à Prague (la toucher porterait chance dit-on !). C’est le saint patron de la capitale tchèque.

On fête chaque année l’anniversaire de sa canonisation, le 16 mai 1729. C’est l’occasion pour les Praguois de se retrouver pour une messe solennelle autour du tombeau en argent du saint, dans la cathédrale Saint-Guy de Prague, qui se termine la procession rituelle jusqu’au pont Charles, ou, pour ceux qui ne pratiquent pas de religion, d’assister à d’innombrables manifestations (concerts baroques, spectacles de son et lumière) à travers le pays.

Chaque année, les festivités de Saint-Jean Navalis attirent des visiteurs venues du monde entier, en particulier les gens liés à l’eau et, bien sûr, les dévots de saint Jean Népomucène. Des gondoliers vénitiens viennent traditionnellement à Prague, ainsi que des pèlerins de Moravie avec une démonstration de la Chevauchée des Rois, des pèlerins de Pologne et d’autres pays voisins. Les musiques nautiques de la Saint-Jean furent organisées pour la première fois sur les eaux de la Vltava à Prague en 1715. La forme originelle de ces célébrations baroques sous le pont Charles, sur le lieu même de la mort du saint, avec des bateaux décorés embarquant des musiciens est une innovation du renouveau de la fête depuis 2009. Le programme musical du concert du soir sur la Vltava tente ainsi de reconstituer un spectacle baroque avec tous ses éléments, tel qu’il aurait véritablement été réalisé à l’époque du baroque triomphant.

Jean naît vers 1340 en Bohême, à Nepomuk, d’où lui vient son nom. Ordonné prêtre en 1373, il est chapelain de la reine. Très vite, le roi de Bohême est furieux de son désir d’indépendance religieuse et de sa proximité avec la reine dont il refuse de divulguer les secrets. Il le fait arrêter, torturer, assassiner puis fait jeter son corps dans la Moldava, le 20 mars 1393. Sa canonisation en 1729 en fait un symbole de la Contre-Réforme en Bohême. Son culte, symbole de la véracité et de la fidélité, est répandu également en Bavière, en Espagne et en Amérique latine.

Toutefois, cette belle histoire du saint a été contesté vivement au XIXe siècle. Certains ont vu dans la promotion de Jean Népomucène (voire de son invention), une manière d’éclipser Jean Hus, l’un des  premiers réformateurs de l'Église catholique, près d’un siècle avant Luther et Calvin. En 1683, une statue de Jean Népomucène, qui n’avait pas encore été canonisé ni béatifié, fut ajoutée au pont Charles. Petit à petit sa figure s’est imposée au détriment des figures de la Réforme. L’argumentation des opposants au culte de saint Jean s’appuyait sur l’ouvrage d‘Otto Abel, La légende de saint Jean Népomucène, paru en 1855. Après la fondation de la république de Tchécoslovaquie, on assista même, entre 1919 et 1920, à une vague de destruction  des monuments à saint Jean Népomucène. Ce n’est plus le cas aujourd’hui dans un pays où la moitié de la population se déclare sans religion et où l’Église catholique a perdu toute influence.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 15 mai 2026

 
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Feu d’artifice final des festivités de Navalis (photo Vopok)

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