15 mai : la Saint-Isidore, la grande fête des Madrilènes

 

Chaque 15 mai, les Madrilènes ont pour coutume de se réunir pour pique-niquer sur la fameuse prairie de Saint-Isidore (Pradera de San Isidro) et de venir boire l’eau de la fontaine de l’ermitage. Le chemin menant à l’ermitage est bordée de stands proposant diverses spécialités culinaires madrilènes, comme les gallinejas (abats frits), les entresijos (abats), les sandwichs aux calamars, divers produits marinés, des gaufrettes, du vin doux… On peut y danser un chotis (une danse traditionnelle madrilène) habillé en chulapo (en habits d’époque) et de déguster les rosquillas (beignets) sur les stands de la foire… perpétuant ainsi la tradition immortalisée par Francisco de Goya dans son tableau La Pradera de San Isidro (1788). Aujourd’hui, les festivités de la Saint-Isidore (le patron de la ville) s’étendent à toute la capitale espagnole. La mairie et des associations madrilènes organisent des bals sur la Plaza Mayor, une semaine gastronomique, des fêtes de quartier, des corridas, des offices religieux et des événements sportifs tels que des régates sur le Manzanares, la rivière qui traverse la ville.

Isidore le Laboureur (Isidro Labrador), est un agriculteur chrétien né à Madrid en 1082 dans une ville fondée par les Arabes qui sera prise un demi-siècle plus tard par le roi de Castille. On sait peu de choses de lui hormis qu’il était réputé pour sa piété envers les pauvres et les animaux. Mais on lui prête un certain nombre de miracles, notamment le pouvoir de faire jouir les sources (ou peut-être simplement le talent de les localiser). Comme il était l’objet d’un culte local, l’Église a fini par demander sa béatification au XVIIe siècle, puis sa canonisation au siècle suivant. Il est le saint patron des agriculteurs.

En 1696, ses reliques furent transférées à l’Alcazar royal de Madrid afin d'intercéder en faveur de la santé de Charles II d’Espagne. Sur place, le serrurier du roi lui arracha une dent et la remit au monarque, qui la garda sous son oreiller jusqu’à sa mort. Ce ne fut ni la première ni la dernière fois que son corps fut, semble-t-il, mutilé par ferveur religieuse. On raconte, par exemple, qu'une dame de la cour d’Isabelle de Castille lui aurait arraché un orteil. En 1760, sa dépouille fut transportée au Palais Royal de Madrid durant la maladie de Marie-Amélie de Saxe. En 1769, Charles III d'Espagne fit transférer les reliques de saint Isidore et de son épouse Marie dans l’église San Isidro de Madrid. Le sépulcre est fermé par neuf serrures et seul le roi d’Espagne possède le passe-partout. Son ouverture doit être effectuée par l’archevêque de Madrid et autorisée par le roi lui-même. Par conséquent, il n’a pas été ouvert depuis 2022. Sa fête est célébrée le 15 mai.

Isidore est le saint patron de plusieurs localités en Amérique latine, où il est célébré chaque 15 mai. Même les Philippines ont des festivités en l’honneur du saint, en particulier dans la province de Querzon où il est très populaire. À Bonifacio, en Corse, on a relancé en 2022, une fête disparue soixante ans plus tôt et qui se déroule les 13 et 14 mai.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 15 mai 2026

Francisco de Goya, La Pradera de San Isidro (détail), 1788

La prairie de Saint-Isidore durant les festivités (photo J. Gomez Carroza)

Assortiment de beignets San Isidro (photo Tamorlan)

 
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