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1702, Japon, 14 décembre Bruno Teissier 1702, Japon, 14 décembre Bruno Teissier

14 décembre : la vengeance des 47 samouraïs, une vendetta à la japonaise

Fête dans le temple Sengaku-ji à Tokyo, où reposent les quarante-sept rônins (ou samouraïs), en souvenir d’une histoire de vengeance datant de 1702.

 

Chaque 14 décembre, dans le temple Sengaku-ji à Tokyo, où reposent les quarante-sept rônins (ou samouraïs), un véritable festival est organisé en souvenir d’une histoire de vengeance datant de 1702 et qui fut assouvi un 14 décembre précisément. En 2002, le 300e anniversaire de cette histoire (vraie) très populaire a été célébré dans tout le pays. Depuis, elle a donné lieu à une dizaine d’adaptations télévisées, s’ajoutant aux 34 films réalisés au XXe siècle à partir de cette épopée. Chaque année, la petite ville balnéaire d'Ako, sur l'île de Honshu, célèbre aussi le Jour de mémoire des 47 rônis (赤穂義士祭) par une grande parade en costume d’époque. C’est là que l’histoire a commencé.

Le maître des quarante-sept samouraïs s’appelait Asano Naganori, c’était le daimyo (seigneur) du domaine d'Ako. Il avait une relation très tendue avec Kira Yoshinaka, le maître de cérémonie à la cour du Shogun. Un jour, Kira a publiquement insulté Asano, ce dernier a dégainé son épée et a tenté de le tuer. Pour cela, Asano a été immédiatement arrêté et condamné à commettre un seppuku (un suicide rituel ou hara-kiri).

Les biens d'Asano ont été confisqués et ses serviteurs sont devenus des rônins – des samouraïs sans maître. Mais comme Kira n'a pas été puni pour avoir insulté Asano, les rônins ont juré de venger leur maître en tuant Kira, même s'ils savaient qu'ils feraient face à une punition sévère.

Il a fallu deux ans aux rônins pour réaliser leur plan. Ils sont devenus marchands, ouvriers et moines afin d'apaiser les soupçons de Kira, et ainsi déguisés, ont pu accéder à sa maison. Leur chef Oishi a divorcé de sa femme, et déménagé à Kyoto où il a commencé à boire beaucoup, à fréquenter les maisons de geishas et à agir de manière obscène en public pour convaincre tout le monde qu'il avait totalement oublié la mort de son maître. C’était une ruse.

Deux ans plus tard, Oishi était convaincu que Kira avait baissé sa garde et que tout était prêt pour leur acte de vengeance. Il a alors quitté Kyoto pour rejoindre les autres rônins à Edo. Tôt le matin du 14 décembre 1702, armés d'épées et d'arcs, ils attaquèrent la maison de Kira . Tuant 16 personnes et en blessant 22, dont le petit-fils de Kira, ils ont trouvé le propriétaire sur la maison dans un placard.

Oishi s'adressa respectueusement à Kira et lui dit qu'ils étaient venus venger leur maître. Il a invité Kira à commettre un seppuku pour mourir comme un vrai samouraï, mais Kira était si effrayé qu'il ne pouvait même pas répondre. Alors un rônin l'a immobilisé et Oishi a coupé la tête de Kira avec son poignard. Les rônins portèrent la tête de Kira à travers la ville et la déposèrent sur la tombe de leur maître dans le temple Sengaku-ji à Edo (aujourd’hui Tokyo).

Le Shogun a aussitôt condamné les rônins à mort pour meurtre. Cependant, ils ont été autorisés à mourir d'une mort honorable en commettant le seppuku. Quarante-six rônins se sont ainsi suicidés le 4 février 1703 . Le quarante-septième rônin n'était pas avec eux car il avait été envoyé comme messager à Ako juste après le meurtre. À son retour, il a été gracié par le Shogun et a vécu une longue vie. Le quarante-septième rônin mourut à 87 ans et fut enterré aux côtés de ses camarades et de leur maître.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 14 décembre 2021

 

La procession d’Ako, en costume d’époque

Hommage sur les tombes de 47 rônis à Tokyo, au temple Sengaku-ji

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