11 février : Téhéran célèbre sa révolution en massacrant sa jeunesse

 

Bientôt un demi-siècle ! Les jeunes révolutionnaires de 1978-1979 sont aujourd’hui grand-parents. L’Iran célèbre chaque année la Révolution islamique. Cette année, il le fait dans un climat de contestation sans précédant du régime. 20 à 30 000 morts tués à balles réelles par les forces de l’ordre. De très jeunes manifestants dans leur grande majorité. Plus de la moitié de la population n’a pas connu la révolution que l’on célèbre chaque 11 février.

Le problème de la jeunesse iranienne est son poids démographique. Alors que celle qui avait pris le pouvoir en 1978, dans le sillage de Khomeiny, était issue de familles de 6 enfants en moyenne, la jeunesse d’aujourd’hui est bien moins nombreuse. En 1998, le taux de fécondité était tombé à 2,2 enfants par femme et aujourd’hui, il est inférieur à 1,6. Les 20-30 ans en Iran appartiennent à une classe creuse, d’où leur difficulté à émerger face à une masse de quadragénaires de quinquagénères bien plus importante. Quant aux sexagénaires (et plus…), ceux qui ont pris le pouvoir en 1978, ils n’ont toujours pas décroché. Outre les conservatismes, la jeunesse iranienne doit aussi se battre contre la pyramide des âges !

Chaque année, le 11 février, le pouvoir organise  une grande manifestation sur la place Azadi de Téhéran, lieu de tous les rassemblements nationaux. Quant sera-t-il cette année ? Cet anniversaire de la chute du shah est marqué par un discours convenu du Guide suprême, Ali Khamenei, mais l’esprit n’y est plus et celui-ci se terre dans un bunker. Sans la campagne de sanctions orchestrée depuis des années par les États-Unis, le régime des mollahs serait sans doute déjà tombé. Seul l’état de siège imposé au pays lui permet de survivre. La jeunesse, aujourd’hui, ne rêve plus de révolution. La démarche logique, après l’obtention d’un diplôme était de expatrier au Canada ou, quand c’est possible, aux États-Unis, en particulier à Los Angeles où vivent à présent plus d’un demi million d’Iraniens. Aujourd’hui, la jeunesse se met à rêver d’un autre Iran, sans les mollahs et les ayatollahs…

Le 11 février 1979 est le jour où le dernier chef du gouvernement du chah, Chapour Bakhtiar, abandonne le pouvoir après dix jours d’insurrection dans la capitale iranienne. Le shah, Mohammad Reza Pahlavi avait fuit l’Iran dès le 16 janvier et Khomeiny est arrivé triomphalement à Téhéran, le 1er février 1979. Le souvenir de son retour marque le début des fêtes de la Révolution islamique, les cloches des églises, les sifflets des trains et des navires ont annoncé le moment historique. Ce même 1er février, les autorités ont fait déposer des gerbes de fleurs dans le mausolée de l’Imam Khomeiny. Début février 1979, une partie de l’armée a rejoint les insurgés. « La révolution est gagnée », proclame un communiqué dans la nuit. Le 31 mars, un référendum fera de l’Iran impérial une “République islamique” et de Khomeiny son Guide suprême. Une dictature allait en remplacer une autre.

Ce jour férié en Iran est connu sous le nom de Jour de la Révolution islamique (روز انقلاب اسلامی). La date correspond au 22 Bahman du calendrier persan. Ces dernières années, c’était l’occasion d’un déferlement de propagande anti américaine à laquelle la population prenait de moins en moins part. Cette révolution islamique avait, en fait, commencé le 5 juin 1963. Seuls quelques vétérans s’en souviennent.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 10 février 2026

 
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Le défilé traditionnel du 11 février (photo de 2020)

Image de propagande, les deux guides successifs du régime.

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