10 février : l’Érythrée célèbre l’offensive victorieuse qui a permis son indépendance

 

Alors que l’Éthiopie et l’Érythrée sont à nouveau au bord de la guerre, cette dernière commémore une victoire contre son grand voisin.

L’Érythrée, ancienne colonie italienne, avait été associée à l’Éthiopie pour ne former qu’un seul État. Mais Adis Abeba ayant bafoué son autonomie, une guerre d’indépendance a débuté en 1961. En 1988, le Front de populaire de libération érythréen (FPLE) prend Afabet, où se trouvaient les quartiers généraux de l’armée éthiopienne au nord-est de l’Érythrée, forçant le retrait de l’Éthiopie vers les plaines de l’ouest. Le FPLE progressait ensuite vers Keren, deuxième ville d’Érythrée. Ayant perdu le soutien de l’URSS, l’armée éthiopienne se trouvait affaiblie et le FPLE, soutenu par d’autres forces rebelles éthiopiennes, poursuivit son avancée vers les positions éthiopiennes. Le 8 février 1990, les forces du FPLE lançaient une offensive contre l’armée éthiopienne près de la ville de Massawa, c’est l’opération Fenkil (ou deuxième bataille de Massawa). Le 10 février, le FPLE prenaient la ville. Cette victoire sera décisive. Elle est célébrée chaque année, le 10 février, sous le nom de Journée Fenkil (Fenkil ፈንቅል).

Plus de 40 000 soldats éthiopiens ont été tués, capturés ou blessés ; 80 chars ont été capturés et 30 autres chars incendiés ; et la force navale éthiopienne fut anéantie. La libération de Massawa, ville portuaire de la mer Rouge, a eu une importance stratégique dans la lutte pour l’indépendance car elle a entraîné la fermeture de la principale artère de transport de la logistique et de l'armement de l’armée éthiopienne en Érythrée. Plus de 300 officiers militaires de haut et de bas rang, dont le général de brigade Tilahun Kilfe, le général de brigade Ali Haji Abdulahi et le capitaine Tsegaye Mekonen, ont été faits prisonniers au cours de cette bataille rapide et décisive. Le 24 mai 1991, la capitale de l’Érythrée est libérée et le dictateur éthiopien renversé le 28 mai, ce qui met fin à la guerre et l’indépendance de l’Érythrée sera acquise le 27 avril 1993.

Le 10-Février est une journée patriotique qui sert grandement à la propagande du régime autoritaire érythréen. Car si l’Érythrée a gagné son indépendance, les Érythréens n’ont pas pour autant conquis leur liberté. En 1987, Isaias Afwerki s’était imposé comme le chef du FPLE ; il sera le premier président de la république à l’indépendance… 39 ans plus tard, il est toujours au pouvoir. Son régime est un des plus répressifs au monde.

Mais les deux pays voisins sont depuis la fin du conflit au Tigré à couteaux tirés. Asmara accuse l'Éthiopie, pays enclavé, de convoiter le port érythréen d’Assab. Le gouvernement éthiopien martèle depuis plus de deux ans que son pays doit avoir un accès à la mer, par des moyens pacifiques. N’empêche qu’un nouvel affrontement militaire n’est pas à exclure.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 9 février 2026

Le mémorial, composé de trois chars d’assaut, de l’opération Fenkil.

Soldats du FPLE à Massawa après sa victoire et la défaite de l'armée éthiopienne, 1990

 
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