7 janvier : rendez-vous fasciste dans une rue de Rome

 

C’est un rassemblement incontournable de la mouvance fasciste italienne, depuis quatre décennies, chaque 7 janvier via Acca Larenzia, à Rome, on commémore un attentat qui s’est déroulé à l’époque des “années de plomb” (anni di piombo) où la violence politique était omniprésente. Cette période qui est allée de l’attentat de la Piazza Fontana (16 morts) en 1969 à celui de la gare de Bologne (80 morts) en 1980. Ces deux attentats avaient été le fait de l’extrême droite. En revanche celui qui est commémoré le 7 janvier a été perpétré par un groupe d’extrême gauche.

Le 7 janvier 1978, deux militants du Mouvement social italien (MSI, un parti néofasciste), âgés de 18 et 20 ans, étaient assassinés à Rome  devant un des sièges du parti. Le groupe armé, composé de cinq ou six personnes, a pris la fuite en voiture. Entre-temps, d'autres militants s'étaient déjà rassemblés devant le quartier général, mais l'atmosphère était tendue et tendue. Des affrontements ont éclaté avec les forces de l'ordre, et un autre jeune homme, Stefano Recchioni, 19 ans, a été blessé par balle à la tête par la police et décédera. Il appartenait à la branche Colle Oppio du MSI (celle dont Giorgia Meloni été membre). « la cellule de Colle Oppio avait quelque chose de sectaire, les jeunes écoutaient les anciens leur raconter leurs batailles contre les gauchistes à coups de clé à molette, leur transmettre la mémoire des militants tombés qui se mêlaient aux récits de fantasy dont ils étaient imprégnés. Voilà l’origine du discours victimaire de Meloni, une héritière des vaincus qui a une revanche à prendre ». (Miguel Gotor, cité par Allan Kaval, Le Monde, 20 décembre 2025)

Les faits en question rentreront dans les livres d’histoire italiens comme le “massacre d’Acca Larenzia” (Strage di Acca Larenzia), du nom de la rue romaine, dans le quartier de Tuscolano, où le commando a tiré sur les deux hommes. Quelques jours après le massacre, les Nuclei Armati per la contropotenza territoriale (Noyaux armés pour la contestation territoriale), un groupe représentant la zone grise du terrorisme d'extrême gauche, ont publié un communiqué de revendication. Ils n’ont jamais été identifiés. 

Comme les autres épisodes dramatiques de cette période, l’attentat fait l’objet d’une commémoration institutionnelle qui rassemble des représentants de la Région Latium et de la Mairie de Rome (souvent le maire ou un adjoint) pour un dépôt de gerbe de fleurs devant l’ancien siège du MSI. Elle se déroule généralement dans le calme et le respect républicain.

Ce qui pose problème, c’est le rassemblement qui a lieu le soir quand des centaines de militants se réunissent pour un rituel ponctué de saluts romains (ou fascistes) en scandant trois fois  « Présent ! ». Cette année, il a été placé sous surveillance policière car ces deux dernières années, en particulier en 2024.

La justice italienne avait considéré que ces rituels de la manifestation du 7 janvier sont « évocateurs de la gestuelle propre au parti fasciste dissous » et qu’ils tombaient sous le coup de l'article 5 de la loi dite « Scelba » datant de 1952 qui puni d'une peine d'emprisonnement de 5 à 12 ans et d'une d'amende jusqu'à 10000 euros quiconque promeut, organise ou dirige des associations, mouvements ou groupes à caractère fasciste.

L’opposition italienne a vivement condamné ces manifestations qui ont pris de l’ampleur et de l’assurance depuis que les héritiers du MSI sont aujourd’hui au pouvoir en Italie. Giorgia Meloni n’a pas réagi. Il est vrai qu’elle avait commencé sa carrière politique au sein du MSI avant de cofonder Fratelli d’Italia, en 2012, dont le logo, orné de la flamme tricolore, représente l’âme immortelle de Mussolini. Alors ministre de la Jeunesse de Berlusconi, Giorgia Meloni fut immortalisée en photos le 7 janvier 2008 lors de la manifestation d’Acca Larentia aux côtés de Giuliano Castellino, néofasciste condamné du groupe Forza Nuova et protagoniste de l’attentat de 2020 contre le siège national de la CGIL. 

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 4 janvier 2026

Le siège du MSI de la via Acca Larenzia, juste après l’emburcade

Cette affiche de 2007 commémorant l’assassinat de trois jeunes militants d’extrême droite via Acca Laurentia à Rome fait également allusion au nazisme : l'image du jeune au tambour reproduit fidèlement celle du militant nazi figurant sur une affiche célèbre des Jeunesses hitlériennes.

 
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