6 février : une date majeure pour l’extrême droite française

 

Chaque 6 février après-midi, des militants d’extrême droite se pressent sur la tombe de Robert Brasillach, au cimetière de Charonne (Paris 12e). Beaucoup sont habillés de noir, certains “courageux” sont même cagoulés. Ils viennent déposer une gerbe en hommage à l’écrivain français, rédacteur en chef du journal antisémite Je suis partout, propagandiste de l’idéologie nazie, condamné à mort pour collaboration et exécuté le 6 février 1945. 

En 2024, la police en avait profité pour un contrôle d’identité inopiné. La plupart, en effet, sont défavorablement connus des services de police et certains d’entre eux sont fichés « S ». Ce jour-là, 39 militants d’extrême droite ont été interpellés et placés en garde à vue. Parmi eux, un multirécidiviste, Marc de Cacqueray-Valménier, chef présumé du GUD (Groupe union défense, extrême droite violente). Ce leader de l’ancien groupuscule les Zouaves (dissout en janvier 2022 après l'agression de militants antiracistes lors d’un meeting d’Éric Zemmour le 5 décembre 2021). Gabriel Loustau, fils d’Axel Loustau (un proche de Marine Le Pen, ancien conseiller régional RN), a été aussi arrêté. Ce dernier, ancien du GUD, s’est notamment fait connaître pour un salut nazi. En 2023, le GUD, organisation étudiante française d’extrême droite dans le collimateur de la justice, avait revendiqué la « cérémonie » avec une photo de ses militants, floutés, fanfaronnant devant la tombe fleurie de Brasillach. En 2024, comme en 2023, les policiers ont retrouvé, dans les buissons du cimetière, des bâtons, couteaux, drapeaux identitaires et bombes de peinture… abandonnés par les nervis fascistes. L’an dernier, en 2025, un dispositif important avait été déployé par crainte d’affrontement avec des mouvements anti qui manifestaient entre la Place de la Réunion et place de la Nation.

Avant la Seconde Guerre mondiale, le 6 février, c’est place de la Concorde, à Paris, que se rendaient les grands-pères des militants d’aujourd’hui, un bouquet de violette à la main, en hommage aux victimes des émeutes de 1934, comme le raconte Brasillach lui-même. C’était l’anniversaire d’une manifestation des ligues d’extrême droite qui avait viré à l’émeute au cœur de Paris et fait tangué la république parlementaire. Parmi les manifestants, les ligues d’extrême droite, divers groupes nationalistes, anti-républicains, monarchistes : l’Action française, les Camelots du roi, les Croix-de-Feu et des associations d’anciens combattants. La manifestation avait tourné au chaos, certains manifestants voulant envahir le Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale. On avait relevé 19 morts, dont un policier et plus de 1 500 blessés.

Pour les partisans de l’Algérie Française, le 6 février est aussi le souvenir de la “journée des tomates”. Le président du Conseil, Guy Mollet (socialiste), est en tournée à Alger lorsqu’il est violemment pris à partie par les partisans de l’Algérie française. Certains émeutiers du 6 février 1934, seront parmi les putschistes du 13 mai 1958… Le 6 février 1959 (toujours la date fétiche), un Parti nationaliste est créé, par Pierre Sidos (fils d’un milicien collabo) il sera très vite interdit. Pierre Sidos fondera ensuite Occident avec de jeunes néofascistes comme Gérard Longuet et Alain Madellin, une organisation qui se réclame ouvertement de Robert Brasillach. Après sa dissolution, Occident sera remplacé par Ordre Nouveau (une référence nazie) et par le GUD, mouvement étudiant qui cultive tout ce sinistre héritage jusqu’à sa dissolution en 2024.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 5 février 2026

Devant la tombe de Brasillach, photo diffusée sur X par le GUD le 6 février 2023 après avoir flouté les visages

De gauche à droite, Pierre Drieu La Rochelle, Robert Brasillach, Jacques Chardonne, Ramon Fernandez et Marcel Jouhandeau, revenant d’Allemagne, invités par le Goebbels, en 1941.

Jacques Chardonne a épousé la sœur de Robert Brasillach, leur tombes sont l’une en face de l’autre au cimetière de Charonne. Elles sont toutes les deux fleuries le 6 février. Cet écrivain fut un des premiers à exprimer des thèses négationnistes.

Carton d’invitation diffusé sur X par Yvan Benedetti, ancien secrétaire de Pierre Sidos, ancien cadre du FN, est ancien dirigeant de l’Œuvre française, mouvement d’ultra droite interdit depuis 2013.

“Solstice de la Nation” est un slogan qui fait référence aux émeutes du 6 février 1934.

 
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