30 mars : la 50e Journée de la terre des Palestiniens
Cette journée, célébrée dans tout le monde arabe ainsi que dans plusieurs capitales européennes a-t-elle encore du sens ? Alors que la population palestinienne se fait massacrer quotidiennement autant à Gaza qu’en Cisjordanie, c’est la survie d’un peuple qui est questionnée aujourd’hui, plus que la défense de ses terres spoliées depuis des décennies par un État qui n’a jamais respecté le droit international.
La Journée de la terre est d’abord celle des Israéliens d’origine arabe (22% de la population d’Israël) qui sont très loin d’avoir tous les droits dont disposent leurs concitoyens juifs. En mars 1976, un vaste plan d’expropriations de terres en Galilée, dont une partie appartenait à des Arabes, venait d’être publié. Ce n’était pas la première fois depuis 1948, que des terres arabes étaient confisquées pour établir ou agrandir des colonies juives, mais cette fois les villages du nord de la Galilée avaient décidé de réagir. Une grève générale était annoncée pour le 30 mars. Les pressions sur les organisateurs ont été telles que la grève a dégénéré en manifestations qui se sont heurtées à l’armée déployée dans la région pour l’occasion. L’armée israélienne a tiré : le bilan est de 6 morts, tous arabes, et de plusieurs centaines de blessés. Si l’évènement a fait date, sous le nom de massacre de Sakhnin, c’est que c’était la première fois que les Arabes israéliens que l’on croyait résignés, manifestaient de manière aussi déterminée et coordonnées. Ce massacre est commémoré chaque année le 30 mars, comme la Journée de la terre palestinienne (يوم الأرض الفلسطيني), une journée généralement de haute tension où l’on déplore le plus souvent des morts et des blessés parmi les manifestants, ce qui renforce son caractère commémoratif d’année en année. Aujourd’hui, plus de 750 000 Israéliens vivent dans des colonies exclusivement juives à Jérusalem/Al-Qods Est et en Cisjordanie occupée. L’ensemble des Palestiniens, et théoriquement du monde arabe, se montre solidaire.
Ce même jour, du côté de Gaza, on célébrait jusqu’en 2023, l’anniversaire de la Grande marche du retour. Ce mouvement de protestation qui avait débuté le 30 mars 2018, demandait le droit au retour des réfugiés palestiniens sur les terres qu’ils ont quittées en 1948 à la création d’Israël ainsi que l’allègement du blocus imposé à l’enclave. Depuis le 7-Octobre et la destruction de Gaza, cet anniversaire n’est plus célébré dans l’enclave.
En France des manifestations de solidarité envers les Palestiniens ont eu lieu samedi dans plusieurs villes notamment à Marseille. Des centaines de Marocains ont participé ce dimanche à des veillées dans plusieurs villes du Maroc en soutien au peuple palestinien et pour condamner la fermeture de la mosquée Al-Aqsa, à l'occasion du 50e la Journée de la terre palestinienne. Les Tunisiens ont fait de même tout en s’affirmant solidaires des Libanais et des Iraniens.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 30 mars 2026
Marche pour la Journée de la Terre à Sakhnin, en Palestine (photo Makbula Nassar)
Le Monument de la Journée de la terre, dans le cimetière musulman de Sakhnin (œuvre d’Abed Abdi et Gershon Knispel, 1978)