22 octobre : les grands-mères de la place de Mai, presque cinquante ans déjà
Un an et demi après le début de la dictature argentine, le 22 octobre 1977, des grands-mères commençaient à se réunir, place de Mai, à Buenos Aires. Elles le feront pendant un demi-siècle et jusqu’à nos jours tous les samedis. Ces femmes âgées manifestaient pour retrouver et à rendre à leurs familles légitimes tous les enfants enlevés et disparus dans le cadre la répression politique pendant les années (1976-1983) où l’Argentine a été dirigée par une junte d’extrême droite. Beaucoup de jeunes parents militants de gauches ont été arrêtés et assassiné, généralement les militaires faisant disparaître leurs corps et les familles n’avaient aucunes nouvelles sur leur sort. Parmi eux des femmes enceintes qui ont accouché en prison et leur bébé était confié à une autre famille, proche du régime, sous une autre identité. Plusieurs centaines de cas ont été répertoriées. Outre les naissances en prison, de très jeunes enfants enlevés avec leurs parents ont privés de leur identité et placés chez des personnes qu’ils croyaient être leurs parents, alors qu’elles étaient en réalité les auteurs, complices ou receleurs du meurtre de leurs véritables parents.
La dictature est tombée en 1983 et les recherches acharnées des grands-mères de la place de mai ont porté quelques fruits : à ce jour 140 enfants ont retrouvé leur famille d’origines; mais on estime qu’environ 300 personnes ignorent encore leurs origines et continuent d'être recherchées. Les grands-mères de 1977 ne sont plus que deux : Estela de Carlotto (née en 1930, le 22 octobre), la présidente de l’association des Grands-mères et Buscarita Roa (née en 1936), la vice-présidente. Toutes deux ont eu la chance de retrouver leurs petits-enfants, mais beaucoup d’autres ne l’ont pas eu ce bonheur et continuent de chercher des enfants qui sont aujourd’hui adultes et même parents eux-mêmes.
Pour entretenir cette mémoire l’Argentine a institué en 2004 une Journée nationale du droit à l'identité (Día Nacional del Derecho a la Identidad) célébrée chaque 22 octobre et que l’extrême droite, revenue au pouvoir en 2023, n’a pas osé supprimer. Toutefois depuis l’élection de Milei et les coupes budgétaires conséquentes qu’il a opéré, les recherches sont rendus plus difficiles. Le gouvernement actuel qui n’a de cesse de minimiser le nombre de victimes de la répression à l’époque, ne les encourage pas, c’est le moins qu’on puisse dire.
Dès sa création, les Grands-mères de la Place de Mai (Abuelas de Plaza de Mayo) ont conçu leur action sous l'angle des droits.
Les articles 7, 8 et 11 de la Convention internationale des droits des enfants (1989), un traité international des Nations Unies adopté le 20 novembre 1989. Parmi les cinquante-quatre articles qui composent la Convention, les Nations Unies ont mis en avant trois engagements inspirés par le travail de recherche, de réparation et d'extension des droits menés par les Grand-mères depuis 1977 et qui protègent les droits des enfants, favorisent directement les Grand-mères. Cette Convention a été ensuite intégrée au droit argentin en septembre 1990.
Le travail des grands-mères a aussi accéléré la recherche sur l’ADN dans le cadre de l’identification des personnes. Il a favorisé des outils novateurs tels que l'index de grand-parentalité et, en Argentine, la création d’une Banque nationale de données génétiques.
Pour en savoir plus sur les Grand-mères de la Place de Mai : https://www.abuelas.org.ar/
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 22 octobre 2026
Estela de Carlotto, la première à gauche. Le foulard blanc est leur symbole. (photo Mónica Hasenberg, 2007)