L’Almanach international

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1838, 1879, 1961, Afrique du Sud, 16 décembre Bruno Teissier 1838, 1879, 1961, Afrique du Sud, 16 décembre Bruno Teissier

16 décembre : Comment la date la plus controversée du calendrier sud-africain est devenue le jour de la réconciliation

C’était la date la plus controversée du calendrier sud-africain. Appelée autrefois le “Jour du vœu”, elle commémore la victoire des colons blancs sur les armées zouloues à la bataille de Blood River (« rivière de sang ») en 1838. En 1995, le nouveau régime faute d’avoir pu éliminer cette date ambiguë, en a fait un jour férié dédié à la réconciliation des différentes composantes de la nation sud-africaine.

 

Ce mercredi, 16 décembre est férié en Afrique du Sud, longtemps cette date a été un moment de tensions politiques et de ressentiments. Appelée autrefois le Jour du vœu (Day of the Vow), elle commémore la victoire des colons blancs sur les armées zouloues à la bataille de Blood River (« rivière de sang ») en 1838. Cette rivière fut soudainement rouge de sang car plus de 3 000 Zoulous y furent massacrés contre seulement 3 blessés dans les rangs adverses, celui des Boers, les colons blancs que l’ont appelé aujourd’hui les Afrikaners. Le 16 décembre est leur date sacrée, elle est fériée depuis plus d’un siècle. Ils célèbrent chaque année le « pacte » conclu avec Dieu . C’est un 16 décembre, en 1949, qu’a été inauguré le monument des Voortrekker à Pretoria, juste après la mise en place du régime d’apartheid. 

De leur côté, ce même jour, les Zoulous commémorent le Dingaan’s Day, en souvenir de la victoire de leur roi Dingane sur les troupes britanniques en 1879. La bataille a eu lieu un 22 janvier, mais pour rien au monde, ils n’auraient laissé aux Afrikaners le monopole du 16 décembre. 

Enfin, l’ANC, le parti au pouvoir, qui fut le fer de lance contre l’apartheid, commémore la création en 1961 de son organisation militaire (Umkhonto we Sizwe), un 16 décembre, la date n’avait pas été choisie au hasard. Le groupe a lancé la lutte armée contre le gouvernement de l'apartheid. Les premiers actes de résistance violente contre les dirigeants de l'apartheid ont également eu lieu ce même 16 décembre 1961.

En 1995, le nouveau régime faute d’avoir pu éliminer cette date ambiguë, en a fait un jour férié dédié à la réconciliation des différentes composantes de la nation sud-africaine : Le Jour de la réconciliation (The Day of Reconciliation).  C’est un 16 décembre que la statue de Mandela a été inaugurée à Pretoria en 2003. Chaque année, des défilés et des festivités sont organisés dans tout le pays. La fête est aussi l’occasion de célébrer les groupes culturels minoritaires en Afrique du Sud, tels que le peuple San.

Cela dit, le 16 décembre, au cœur de l’été austral, est le premier d’une série de jours fériés avec le 25 et le 26 décembre puis le 1er janvier. De nombreuses entreprises ferment leurs portes en cette période de congés estivaux. Pour beaucoup de Sud-Africains, la réconciliation va se jouer à la plage.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 15 décembre 2022

 
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C’est un 16 décembre que la statue de Mandela a été inaugurée à Pretoria en 2003

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1652, Afrique du Sud Bruno Teissier 1652, Afrique du Sud Bruno Teissier

6 avril : la Journée de Van Riebeeck encore célébrée par quelques Afrikaners

Seule une poignée de Sud-Africains blancs célèbre encore la Journée des fondateurs, en souvenir de l’arrivée des Hollandais, le 6 avril 1652

 

Ils ne sont plus qu’une poignée de Sud-Africains blancs à célébrer, chaque 6 avril, la Journée des fondateurs (Stigtingsdag ), également connue sous le nom de Journée de Van Riebeeck (Van Riebeeck-dag). Ce sont les habitants d’Orania, petite ville fondée en 1991 par quelques irréductibles au moment où l’aparheid était en voie d’être aboli en Afrique du Sud et avant que la majorité noire n’accède au pouvoir (Les premières élections libres datent de 1994). La localité est située dans un coin perdu du pays, sur un territoire privé et l’installation s’y fait par cooptation. De fait tous les habitants sont blancs et parlent l’afrikaans, un créole du néerlandais. Tous ne sont pas d’origine hollandaise, certains ont une ascendance française (huguenote) ou allemande, mais tous se réfèrent à l’acte fondateur du pays : l’arrivée de deux bateaux hollandais là où se situe aujourd’hui la ville du Cap. Un troisième bateau est arrivé le lendemain. L’expédition dirigée par Jan van Riebeeck a posé un premier pied à la pointe sud de l’Afrique le 6 avril 1652. C’est cet anniversaire qui est célébré aujourd’hui.

Les premiers colons (82 hommes et 8 femmes) ont construit un fort, qui est devenu une étape pour les navires marchands hollandais naviguant des Pays-Bas vers les Indes orientales, ou vice versa. En Afrique du Sud, les équipages des navires pouvaient faire une pause et s'approvisionner en nourriture fraîche et en eau pour réduire les décès en cours de route. Van Riebeeck a administré la colonie du Cap de 1652 à 1662. Il a supervisé la construction du fort, la plantation de céréales, de fruits et de légumes, l'acquisition de bétail auprès de tribus indigènes et l'expansion des terres contrôlées par les Hollandais.

Ces premiers colons, supplantés plus tard par les Britanniques qui les ont relégués au second plan, qui les ont péjorativement appelés les boers (paysans). Au XXe siècle, ils adopteront l’appelation d’Afrikaners, car ils se considèrent comme pleinement africains et estiment que le pays est le leur. Au cours des premiers siècles, un important métissage a eu lieu avec les populations locales, mais les métis ont été écartés socialement, puis ont été totalement discriminés, comme l’immense majorité de la population noire habitant le sud de l’Afrique. Ce sont les Afrikaners qui ont instauré l’odieux régime d’apartheid en 1948, à une époque où ce type d’organisation sociale qui avait été imposé à l’ensemble du monde colonisé par les Européens, commençait à être remis en cause et allait bientôt être aboli avec les indépendances des années 1950-60. En Afrique du Sud, il a été maintenu jusqu’au début des années 1990.

La fête du 6 avril a été instituée en 1952, à l’occasion du 300e anniversaire du débarquement de Jan Van Riebeeck. En 1980, ce jour férié a été appelé Founders Day (Stigtingsdag). Il a bien sûr été aboli en 1994. Seuls les quelque 2500 habitants d’Orania le célèbrent encore officiellement ainsi que quelques milliers d’autres plus discrètement, à travers l’Afrique du Sud. Cette célébration repose sur un mythe longtemps répété par la propagande et qui n’a pas disparu dans les discours de l’extrême droite un partout dans le monde, celui de considérer que le sud du continent africain était vide d’habitants, ou presque, à l’arrivée des Européens.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde

 

Jan van Riebeeck arrive à Table Bay, tableau de Charles Bell, peintre sud-africain du XIXe siècle

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