9 mai : en Italie, la journée dédiée aux victimes du terrorisme

 

L’Italie a été particulièrement marquée par le terrorisme de la fin des années 1960 aux années 1980, les Années de plomb (Anni di piombo). Quand on a cherché une date pour célébrer la mémoire des victimes de cette époque, ce n’étaient pas les dates symboliques qui manquaient. Le choix est politique. Fallait-il faire référence au terrorisme de l’extrême droite ou à celui de l’extrême gauche ? En 2007, quand la loi instaurant Journée du Souvenir dédiée aux victimes du terrorisme (Giorno della memoria dedicato alle vittime del terrorismo) a été adoptée, la droite avait le vent en poupe. C’est l’anniversaire de l’assassinat d’Aldo Moro par les Brigades rouges, le 9 mai 1978, qui a été choisi comme date de commémoration. Aldo Moro était une figure majeure de la Démocratie chrétienne (droite modérée), ancien premier ministre, il a été enlevé, puis a été assassiné par les Brigades rouges (Brigate Rosse), une organisation terroriste d’extrême gauche qui sévissait en Italie depuis plusieurs années.

Aldo Moro, prisonnier des BR

Le choix de cette date et de ce crime pour symboliser le terrorisme italien de ces années-là n’a pas fait l’unanimité au Parlement. Une partie des élus de gauche auraient préféré le 12 décembre, anniversaire du massacre de la Piazza Fontana, à Milan, perpétré par un groupe néofasciste qui fit 17 morts et 88 blessés, en 1969. En effet, les historiens ont fait de cet attentat, le point de départ des Années de plomb en Italie. D’autant qu’il a été suivi par d’autres attentats d’extrême droite, encouragé en sous-main par des organisations étatsuniennes, dans le cadre d’une « stratégie de la tension » visant à renverser le régime démocratique sous prétexte de lutter contre le communisme. Aux législatives de 1976, les communistes avaient obtenu 34% des voix contre 38% à la Démocratie chrétienne.

C’est d’ailleurs cet attentat de la Piazza Fontana qui y a provoqué le passage à lutte armée d’une fraction de l’extrême gauche italienne. Une lutte armée, encouragée secrètement par l’URSS et qui s’est rapidement mué en terrorisme. L’élimination d’Aldo Moro, tué après 55 jours de captivité, est l’une de ses actions les plus spectaculaires parmi de nombreux attentats ciblés de ces années-là.

La date du 2 août avait également été suggérée pour une journée de mémoire, c’est celle de l’attentat le plus meurtrier de cette époque : 85 morts et plus de 200 blessés dans la gare de Bologne, le 2 août 1980. Plusieurs groupes d’extrême droite furent mis en cause, notamment la Loge P2.

L’Italie a aussi connu un terrorisme séparatiste au Sud Tyrol et en Sardaigne dans les années 1960 ; un terrorisme palestinien dans les années 1970 et islamiste dans les années 1990 ; sans oublier celui des différentes mafia à la même époque ; puis une brève résurgence du terrorisme d’extrême gauche au début des années 2000… Mais la pire période est celle qui s’étend de 1969 à 1980. Quand la loi a été votée (en 2007) et quand la première journée de mémoire a été célébrée (en 2009), le terrorisme en Italie appartenait à l’histoire. La dernière victime en date est un agent ferroviaire : Emanuele Petri, assassiné par un membre des nouvelles Brigades rouges dans un train à Arezzo, en 2003.

Ce samedi 9 mai, à 10h30, la Chambre du Sénat accueille une cérémonie commémorative dédiée aux victimes du terrorisme national et international et des massacres qui y sont liés, en présence du Président de la République, Sergio Mattarella.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 9 mai 2026

 
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