30 mai : l’Espagne célèbre son armée, tout en cultivant son pacifisme

 

L’Espagne ne participe pas, ou que très marginalement, au réarmement européen face à la menace russe et au désengagement américain mais chaque samedi le plus proche du 30 mai, elle  célèbre une Journée des Forces armées (Día de las Fuerzas Armadas).

Instituée en 1978 comme une manifestation purement militaire, la journée a pris l’allure d’une fête populaire. Chaque année, une ville différente accueille les festivités principales. Cette année, c’est Vigo, en Galice, qui a été choisie. L’estuaire de Vigo a accueilli dès vendredi après-midi une grande revue navale à l’occasion de la Journée des forces armées (DIFAS 26), une démonstration présidée par le roi Felipe VI qui a rassemblé sept navires de la Marine et deux patrouilleurs de la Garde civile au large de la plage de Samil . Cette revue navale n'a lieu que lorsque l'événement militaire se déroule dans une zone côtière, comme ce fut le cas l’année dernière à Las Palmas de Gran Canaria.

L’événement principal, le défilé de la Journée des forces armées, a lieu ce samedi. Il est retransmis à la télévision publique avec une émission spéciale depuis Vigo sur TVE1. Pour la première fois, Leonor, héritière du trône et princesse des Asturies, qui termine sa formation militaire à l'Académie générale de l'air de San Javier (Murcie), accompagne le roi et la reine à l'occasion de la Journée des forces armées.

La date a été choisie pour honorer les exploits militaires roi Ferdinand III de Castille, qui se battit contre les rois musulmans. Son action militaire contre les Maures lui vaudra d’être canonisé au XVIIe siècle. C’est un saint fêté le 30 mai, anniversaire de sa mort en 1252.

En réalité cette journée des forces armée est l’héritière de celle qui se déroulait sous le régime franquiste qui chaque année célébrait le défilé de la Victoire (Desfile de la Victoria), à partir de 1940, chaque 1er avril. Cette victoire c’était celle du fascisme sur le camp républicain. On fêtait la victoire des troupes du général putschiste, Francisco Franco, le 19 mai 1939, sur les forces issues du Front populaire, élues démocratiquement en 1936.

Le défilé de la Victoire se déroula sans interruption jusqu’en 1976. Ce n’est qu’en 1964 qu’il fut rebaptisé « Défilé de la Paix », en commémoration des 25 ans de paix en Espagne. Le Jour de la Victoire fut initialement déclaré jour férié national, mais il perdit par la suite ce statut. Après la mort du dictateur Franco, le défilé de 1976 fut déplacé au 30 mai. Mais l’opposition de la Capitainerie générale de Madrid empêcha le changement d’appelation voulu par le nouveau gouvernement démocratique. Ce n’est qu’en 1977, que le défilé fut finalement rebaptisé « Défilé de la Journée des Forces armées ». D’où les réticences à l’égard de cette manifestation héritée du franquisme, d’une partie de l’opinion qui, par ailleurs, cultive un sentiment pacifiste. Cela dit, depuis une quinzaine d’années, l’image des forces armées espagnoles s’est nettement améliorée. Plusieurs enquêtes montrent qu’une large majorité des Espagnols ont aujourd’hui une opinion positive de l'armée.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 29 mai 2026

 
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