3 février : les Japonais attendent l’arrivée du printemps
Au Japon, c’est la fête de Setsubun (節分). Demain, ce sera Risshun (立春), le premier jour du printemps dans l’ancien calendrier japonais, hérité des Chinois. Aujourd’hui, se termine le douzième mois de ce calendrier lunaire. On va changer d’année dans la nuit. Selon la tradition, c’était la période de l’année où l’hiver laissait place au printemps, et l’on croyait qu’à cette occasion, les démons apportaient maladies et désastres. L’idée était donc de chasser les démons, de dire adieu à l’année écoulée et d’accueillir la nouvelle année, le soleil printanier et la bonne fortune. Au japon, la coutume est d’éloigner ces êtres malfaisants de la maison en lançant des haricots secs par les fenêtres. C’est la « Cérémonie du lancer de haricots » (Setsubun no hi) du 3 février. Cette crainte du mauvais sort durant le passage d’une année à l’autre existe dans de nombreux pays notamment dans les Balkans et en Europe centrale.
Il est aussi de coutume de manger l’ehōmaki à l’occasion de Setsubun en se tournant vers la direction la plus propice de l’année (selon le zodiaque). Il s’agit d’un rouleau de sushi non coupé. Il faut manger l’ehōmaki entier d’un seul coup, pour prier pour la prospérité et le bonheur durant l’année à venir. Cette tradition serait venue d’Osaka, où elle est appelée marukaburizushi (“rouleau de sushi croqué tel quel”). Depuis 1998, la chaîne de supérette 7-Eleven diffuse l’ehōmaki dans tout le pays, ce qui a popularisé cette coutume.
Le Setsubun combine à la fois des rites de passage d’une année à l’autre et ceux du carnaval avec ses pratiques de transgression et d’inversion : les jeunes femmes se coiffent comme des femmes âgées et inversement. Ces coutumes de déguisements et le travestissement sont encore pratiqués par les geishas et leurs clients lors des spectacles donnés pendant le Setsubun. Les artistes ambulants (旅芸人, tabi geinin), habituellement mis à l'écart le reste de l’année car considérés comme des vagabonds, sont accueillis à l’occasion de Setsubun pour jouer des pièces de théâtre moralisatrices. Leur statut de vagabond jouait en leur faveur dans ces cas-là, car on pensait qu'ils emportaient avec eux des esprits maléfiques. Aujourd’hui, on donne de véritable pièce de théâtre dans les temples.
Il est à noter que la date de Setsubun est fixée par l’Observatoire astronomique national du Japon selon les positions relatives de la Terre et du Soleil. Ainsi, Setsubun est généralement célébré le 3 février, mais il arrive qu’il tombe le 2 février (comme en 2021 et en 2015) voire le 4 février. Cette date n’est pas si fantaisiste pour annoncer le printemps qui selon le calendrier traditionnel débute le 21 mars. Selon les données astronomiques et météorologiques, l’hiver correspond à la période d’ensoleillement minimal autour du solstice d’hiver entre le 7 novembre et le 4 février environ.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 3 février 2026
On chasse le démon, illustration de Shōyō Nakajima
Haricots grillés et ehomaki
Cérémonie de Setsubun au temple Kinpusenji