L’Égypte commémore une bataille gagnée il y a un demi siècle, prélude à une défaite militaire. La date du 6 octobre correspond au déclenchement du conflit de 1973 contre Israël, conjointement avec la Syrie.
Ce jour-là, l’État hébreu célébrait le Kippour, le jour le plus sacré de l’année juive et il avait largement sous-estimé le risque de guerre. Le 6 octobre 1973, l’offensive était lancée ; les Égyptiens franchissaient le canal de Suez, tenu par Israël depuis 1967, avec une telle facilité que ce fait d’armes reste dans les mémoires : l’armée israélienne n’était plus invincible ! L’impact psychologique fut considérable. Même si au bout d’une semaine, les Israéliens parvinrent à rétablir la situation en leur faveur et à récupérer le terrain perdu, les Égyptiens conservent le souvenir de cette première victoire symbolique au point d’avoir fait du 6 octobre, le Jour de l’armée (يوم الجيش المصري), leur principale fête nationale et un jour férié. Une ville nouvelle, proche du Caire, porte même le nom de Cité du 6 octobre. Ce jour est l’occasion d’un grand défilé militaire. Les Égyptiens sont fiers de leur armée, mais une armée qui les dirige depuis 1952, au point d’avoir totalement rigidifié leur système politique. L’Égypte est aujourd’hui une dictature militaire.
En février 2011, refusant d’obéir, l’armée a lâché le président Moubarak et provoqué sa chute. Le pays est alors en plein Printemps arabe pour réclamer la démocratie. Au lieu de cela, le Conseil supprême des Forces armées prend alors en charge le pays le temps d’une transition démocratique. Une élection présidentielle est organisée en 2012 et remportée par Mohamed Morsi, le leader des Frères Musulmans. Les forces armées acceptent le résultat des élections et se retirent (temporairement) de la vie publique. La politique des islamistes provoque d'importantes manifestations dans tout le pays. Finalement, l’armée intervient, destitue le président Morsi le 3 juillet 2013. Il est remplacé par son ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi qui abroge la constitution et instaure un pouvoir personnel. En 2014, l’armée a pleinement retrouvé la direction du pays qu’elle avait perdu en 2011.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 6 octobre 2026