31 octobre : la Journée de Saci, le lutin brésilien anti-impérialiste

 

Comment tenter de faire barrage à Halloween, cette fête importée d’une puissance impérialiste ? En fouillant le folklore local pour mettre en valeur une figure locale qui puisse lui faire concurrence. C’est ce qu’ont fait les Brésiliens en créant une Journée Saci (Dia do Saci). Le choix du 31 octobre pour cette fête est délibéré, c’est le jour où l'on célèbre Halloween aux États-Unis, une fête qui attire chaque année davantage d'enfants brésiliens. ​​Cette Journée Saci vise à faire découvrir aux enfants que le Brésil possède lui aussi ses mythes, ses légendes, sa tradition orale. Pour le moment c’est encore largement un vœu pieux, mais les autorités s’y attellent avec conviction. L’État de São Paulo avait ouvert la voie dès 2004, la fête a été ensuite adoptée à l’échelle du Brésil, par une loi votée en 2014.

Le Saci, ou Saci Pererê, est un personnage bien connu du folklore brésilien, une sorte de lutin ou d’elfe qui habite les forêts. Comme un troll, il peut n’être qu’un simplement farceur ou carrément un personnage maléfique qui peut porter malheur. Il convient de s’en méfier.

Au Brésil, les peuples indigènes croient en des êtres « magiques » qui protègent les forêts. Ce sont les Tupi-Guarani, peuple vivant au nord-est du Rio Grande, qui seraient à l’origine de la diffusion de Saci à tout le Brésil. Le personnage est apparu en XVIIIe siècle en réaction à la conquête européenne. Il est présenté comme un petit rebelle. Initialement, les histoires mettant en scène Saci, racontaient différents tours de passe-passe pour ridiculiser les colons portugais et perturber leur invasion.

Les descendants d’esclaves se le sont appropriés et ont fait de lui un jeune garçon noir qui a perdu une jambe en faisant de la capoeira, une image qui prévaut aujourd’hui. Il a aussi emprunté à la culture africaine, le pito, une sorte de pipe, appelée aussi cachimbo. De la mythologie européenne, il a hérité du pileus, un bonnet rouge porté par les trasgos (des êtres enchantés du folklore du Trás-os-Montes, région du nord du Portugal). Saci est un pur produit du métissage brésilien. Il a été popularisé au début du XXe siècle par un livre de l'écrivain Monteiro Lobato (1882-1948) qui a connu un grand succès auprès des enfants.

Son bonnet rouge (carapuça) lui donnerait des pouvoirs magiques, notamment la capacité d’apparaître et de disparaître. S'il n'est jamais vraiment mal intentionné, il ne rate pas non plus une bonne espièglerie. Il est très malin et fait souvent des mauvais coups : il adore faire peur aux animaux dans les pâturages, réveiller les gens avec des farces. Roublard, il est toujours à la recherche de tours pendables à jouer à tous ceux qui l’entourent. Il désoriente les voyageurs dans la forêt, il fait des nœuds avec la queue des chevaux, il dévisse les salières etc.

Saci Pererê est aussi représenté comme un protecteur des plantes et des herbes médicinales, un gardien de secret et de connaissances ancestrales. Il prend soin des herbes sacrées en jouant des tours et en distrayant ceux qui s’avisent de les cueillir sans sa permission.

L'idée de cette Journée de Saci a été lancée par la Société des observateurs de Saci (SOCACI) en 2003, dans la municipalité de São Luiz do Paraitinga (SP), connue pour ses traditions axées sur la culture populaire. Ses membres ont les premiers évoqué la possibilité de créer un événement en opposition à « Halloween », comme ils l'écrivent dans leurs manifestes. La proposition a été accueillie favorablement par les conseillers municipaux, puis les députés locaux et s'est répandue dans tout le Brésil.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 30 octobre 2025

 
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