13 janvier : les excuses des Australiens faites aux enfants aborigènes enlevés à leurs familles
Entre 1910 et 1970, des milliers d’enfants aborigènes et insulaires du détroit de Torres ont été arrachés de force à leurs familles et à leurs communautés par des Églises, des organisations caritatives ou les autorités gouvernementales. Leur nombre exact est inconnu, mais on estime qu’entre un enfant autochtone sur dix et un sur trois a été placé en famille d’accueil ou adopté par des familles non autochtones, ou encore élevé dans des institutions. Ces enfants sont connus sous le nom de Générations volées (Stolen Generations).
Ces déplacements forcés s’inscrivaient dans le cadre de politiques gouvernementales visant à assimiler les Aborigènes et les Insulaires du détroit de Torres à la communauté blanche. Leurs noms étaient souvent changés et il leur était interdit de parler leurs langues traditionnelles. Nombre d’entre eux ont subi des violences physiques et sexuelles, du travail forcé et ont été privés de tout contact avec leurs familles.
Ce type de politique n’est pas propre à l’Australie, il a été pratiqué dans de nombreux pays coloniaux. Pour ne citer que quelques exemples : au Groenland où des enfants autochtones étaient amenés au Danemark et coupés de leur culture ; au Canada les jeunes Inuits étaient enfermés dans des orphelinats ; à la Réunion où le gouvernement de Michel Debré prélevait des enfants de familles pauvres pour les confier à des paysans français qui s’en servaient de travailleurs agricoles…
C’est le 13 février 2008, que le Premier ministre australien Kevin Rudd a présenté des excuses officielles au nom de la nation aux Générations volées des peuples aborigènes et insulaires du détroit de Torres, dont la vie avait été dévastée par les politiques gouvernementales passées d’enlèvement et d'assimilation forcés des enfants.
Le 13 février 2008, de nombreux membres des Générations volées ont été réunis au Parlement pour entendre les excuses officielles. Prononcé lors d’une allocution télévisée devant les deux chambres du Parlement et les membres des Générations volées présents, ce discours historique prononcé par Kevin Rudd a reconnu le préjudice subi par les peuples aborigènes.
Chaque année, le 13 février, les Australiens célèbrent l'Anniversaire des excuses nationales présentées aux Générations volées (Anniversary of the National Apology to the Stolen Generations), un moment décisif de l’histoire australienne. Ce jour-là, les drapeaux aborigène et des insulaires du détroit de Torres devraient flotter sur des mâts supplémentaires, là où ils sont disponibles, à côté ou à proximité du drapeau national australien, sur les bâtiments et établissements du gouvernement australien, tout au long de la journée du mardi 13 février 2026.
Le 26 mai 1997, le rapport de la Commission d’enquête intitulé « Bringing Them Home » (les ramener chez eux) avait été déposé au Parlement. Beaucoup avaient gardé le silence sur leur histoire et leur vécu pendant des années, voire des décennies. Ce rapport racontait la douleur et la perte causées par la rupture des liens culturels, spirituels et familiaux, ainsi que l'impact intergénérationnel sur la vie des peuples aborigènes. C’est ce qui a engendré une réaction gouvernementale. Il a toutefois fallu attendre que John Howard (conservateur), qui avait toujours refusé de présenter des excuses, soit remplacé par Kevin Rudd (travailliste), en 2007, pour que l’Australie toute entière soit invitée à présenter ses excuses.
Mais les conservateurs australiens demeurent toujours réticents, et pour certains totalement opposés, à le faire. À tel point que certains aînés autochtones et des Premières Nations se demandent s’il ne s'agissait que de vaines paroles. Malgré les excuses de Kevin Rudd, les enfants aborigènes et insulaires du détroit de Torres restent largement surreprésentés à tous les niveaux du système de protection de l'enfance. En 2023, en Australie, 43,7 % des enfants âgés de 0 à 17 ans placés hors de leur foyer étaient aborigènes ou insulaires du détroit de Torres, soit une augmentation de 3,7 points de pourcentage depuis 2019. Le rapport « Bringing Them Home » a été publié il y a près de 30 ans et plus de 90 % des recommandations n’ont toujours pas été mises en œuvre.
Il y a aussi en Australie une Journée nationale du pardon, chaque 26 mai qui suscite les même réticence d’une partie de la population australienne.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 12 janvier 2026
« L'enlèvement des enfants », œuvre de Chris Cooke pour la Grande Horloge Australienne de 1999, Queen Victoria Building, Sydney
Le 13 janvier 2008, Kevin Rudd à l'écran, présentant ses excuses aux générations volées, devant la foule venue l’écouter sur Federation Square, à Melbourne.