8 novembre : un triste anniversaire au Nicaragua

 

Un homme doit se retourner dans sa tombe aujourd’hui au Nicaragua. Il aurait aujourd’hui 90 ans, Carlos Fonseca Amador est mort les armes à la main, il y a exactement 50 ans, le 8 novembre 1976. Le gouvernement a décidé en 2026 de faire de cette date un jour férié qui sera célébré chaque année. Celui qui est honoré comme un héros national a été tué au combat contre la garde nationale du dictateur Somoza dont le clan régnait sur le pays depuis quatre décennies.

La révolution cubaine de 1959 avait inspiré de nombreux dissidents nicaraguayens, montrant qu’il était possible de renverser un dictateur soutenu par les États-Unis. S’appuyant l’héritage du révolutionnaire nicaraguayen Augusto César Sandino, qui avait mené une rébellion contre l'occupation américaine du Nicaragua. Carlos Fonseca et d’autres révolutionnaires ont fondé le Front de libération nationale, qui adopta l'appellation « sandiniste » en 1963 : FSNL.

Carlos Fonseca n’a pas assisté à la chute du dictateur le 19 juillet 1979 ni à l’élection à la présidence le chef du FSLN, Daniel Ortega, lors des premières élections libres, en 1984. Miné par les tentatives de déstabilisation opérées par Washington, le FSLN n’a pas été en mesure de faire les réformes sociales et économiques annoncées. En 1990, il a perdu les élections au profit de Violeta Barrios de Chamorro, élue présidente avec le soutien des États-Unis. Mais juste avant la passation de pouvoir, les principaux sandinistes liés au pouvoir central se sont appropriés des propriétés et des biens publics. Une opération connue sous le nom de piñata qui a scandalisé leurs partisans. Sous le président suivant, Arnoldo Alemán (Parti libéral) un pacte entre les libéraux du PLC (au pouvoir) et le FSLN (opposition) légalise les acquisitions frauduleuses effectuées lors de la piñata et ouvre la voie à une réforme constitutionnelle qui perpétuerait la présence de ces deux partis au pouvoir. En 2006, Daniel Ortega, sera finalement à nouveau élu président. Tout en continuant à cultiver l’héritage révolutionnaire, l’homme a changé du tout au tout. Si en 20 ans de pouvoir, le FSLN a permis d’atténuer la famine dans les régions rurales et fait reculer l’analphabétisme, c’est un régime dictatorial qu’Ortega et son épouse, Rosario Murillo, ont mis en place afin de se maintenir au pouvoir.

Le virage autoritaire s’est accentué en 2018. Cette année-là, le pouvoir avait répondu par une violente répression aux manifestations massives contre les réformes de la sécurité sociale, faisant plusieurs centaines de morts. Avant les élections de 2021, les principaux candidats de l’opposition ont été emprisonnés, les libertés publiques, les ONG et les universités ont été dissoutes, et de nombreux opposants historiques ont été exilés et déchus de leur nationalité. Depuis la démocratie a totalement disparu Nicaragua. On a assisté à la transformation d’un mouvement révolutionnaire de gauche, nationaliste et anti-impérialiste en un régime autoritaire, népotique et dictatorial sous la direction de Daniel Ortega et de son épouse Rosario Murillo. Leur dictature n’a rien à envier à celle de Somoza, contre laquelle Carlos Fonseca Amador a lutté jusqu’à en perdre la vie. Triste anniversaire que ce 8 novembre au Nicaragua.

Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 8 novembre 2026

Carlos Fonseca Amador est l’homme à lunette sur cette fresque. À titre posthume, il a reçu les titres de Héros national du Nicaragua et de Commandant en chef de la Révolution populaire sandiniste.

Carlos Fonseca Amador sur un billet de banque célébrant la révolution Sandiniste

 
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